• Comme le veut la coutume éditoriale, nous avons ponctué au moins mal le texte d’ancien français. Quelque gêne que cela pût causer, la tentation a été grande de suivre fidèlement le manuscrit, qui ne se préoccupe presque jamais de ce problème : nous l’avons fait en nous limitant aux 16 vers du Prologue. Pour la suite, c’est affaire de goût, de rythmique personnelle. La bonne méthode serait sans doute de ponctuer en accord avec la lecture, voire le chant ou la déclamation du texte à haute voix. Travail de jongleur, après tout... Mais nous nous sommes souvent rallié à la ponctuation de Jean-Marie Ardouin.

        • La ponctuation de la traduction reprend pour l’essentiel la ponctuation «infligée» au texte du manuscrit. Quelques différences peuvent apparaître, si la traduction rompt fortement la syntaxe médiévale au profit d’une syntaxe moderne.

    • Pour l’édition du texte original, nous avons suivi la coutume qui est de commencer chaque vers par une majuscule. Les guillemets ne sont pas répétés au début de chaque vers. En traduction, nous avons réservé la majuscule pour le début de chaque phrase, une grande majorité de vers débutant donc par une minuscule. Ce choix, contestable, permet une meilleure visualisation de chaque phrase et de son mouvement. C’est une sorte de figuralisme visualisant ce qu’on pourrait appeler «bloc de diction».(Voir Discours, Figure de Jean-François Lyotard, Klincksieck).    

         • Nous avons ajouté des notes, non pour proposer une


    

édition savante, mais pour faire sentir combien peu sûre peut

être une traduction moderne de cette superbe langue ancienne. Presque à chaque vers, nous nous trouvons face à des mots, souvent simples, dont nous connaissons le sens, et qui, dans le texte, sont à la fois vagues et riches, tout disposés à une nuance que seul éclairera le contexte, et que notre français actuel ne peut rendre qu’au prix de périphrases, pour ne pas dire de contorsions, ayant perdu l’efficacité d’une langue plus directe et plus resserrée.  

       • On a quelquefois omis de traduire quelques tautologies, sauf quand elles avaient quelque chose de savoureux, et parfois d’éclairant. Nous avons rétabli plusieurs fois un ordre «chronologique» que l’auteur se plaît à ne pas suivre. Ainsi, dans l’original, on peut tuer quelqu’un puis le blesser. Mais quand le pélerin raconte son voyage à Jérusalem, l’ordre chronologique inversé a été conservé : de toute évidence, il y a là une remontée aux sources du christianisme, de la Passion au baptême.

    • Les notes essaient donc d’expliquer nos choix, sans garantie d’infaillibilité, et d’exposer nos perplexités. Elles proposent parfois une alternative. Leur seule vertu serait de faire relire le texte médiéval à haute voix, pour en reconnaître

l’économie, parfois l’ambiguïté, sans oublier ses chevilles et redondances.


    • En général, nous avons maintenu ces répétitions, en cherchant parfois des synonymes quasi introuvables («pelerin et paumier», qu’il aurait fallu traduire «pélerin et pélerin» ! ). Nous nous sommes promené librement, comme le fait le texte, entre présent et passé, ajoutant parfois notre caprice à celui de l’auteur. De même, notre traduction oscille entre fidélité lourdaude et libre transposition. L’essentiel était de faire lire un texte bien peu connu à quelques-uns de mes parents et amis...

   

    • Cette traduction présente certainement aux yeux des médiévistes des erreurs, des gaucheries, des points contestables, peut-être même des hérésies. Elle est donc offerte à toute amélioration. On oserait dire : amélioration sans fin. Ce n’est pas le moindre charme de cette littérature, dont on sent à la fois qu’elle est nôtre, que tout en découle, qu’elle pose et résout à sa façon les problèmes que nous pensions soulevés par Proust, Joyce, Beckett ou le Nouveau Roman, mais aussi qu’elle se dérobe, dans ses mots les plus simples, qu’elle est plus allusive, plus rapide que la nôtre, ne reculant pas devant les chevilles, les redondances, tout entière dans le mouvement, la diction, l’allure que les auditeurs de l’époque devaient suivre sans peine.


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INTRODUCTION


Aiol, chanson de geste [12 ou 13ème siècle]

publiée par Jacques Normand et Gaston Raynaud, Paris, Firmin Didot, M DCCC LXXVGII, d’après l’unique manuscrit de la Bibliothèque nationale BnFfr 25516.

Traduction en français moderne : Alain Gaubert

Textes consultés : Sandra C. Malicote & A. Richard Hartman, Aiol, modern edition and translation, Italica Press, New York, 2014

(Comme il n’existe pas de traduction d’Aiol en français moderne, nous avons consulté la récente traduction en anglais, et nous y référons assez fréquemment,

proposant parfois des leçons différentes ou simplement nuancées. Le Glossaire de Jean-Marie Ardouin (ci-dessous) nous a souvent sorti d’embarras.)

                             Jean-Marie Ardouin, Aiol, Mémoire présenté en vue de l’obtention du Doctorat de Lettres Modernes, Université de Valenciennes et du Hainaut-Cambrésis, 2010


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