Vos viverés moult bien de cest mestier

On ne doit avoir honte de gaïngier.»

Quant Aiols l'entendi, si fu iriés,

Bel et cortoisement lor respondié :

« Signor, che dist li enfes, car vos targiés !

Dameldieus vos pardoinst tous vo piciés

Alés a vos osteus, si me laisiés,

Ja ne me tieng mie a guinlechier :

Caitis sui d'autre tere, nel quier noier;

Qui qui me tiegne a viel, je me tieng chier. »

Alquant s'en retornerent qu'en ont pitié.


XXVI


Signor, ja savés vous, s'est verités,

II n'en a sous siel home de mere né

Tant soit jovenes et fors et adurés,

S'estoit en autre terre escaitivés

Qu'il fust povre de dras et desnués,

Que ne soit laidengiés et molt gabés,

Et qu'il ne soit tenus en grant vieutë(s);

Ausi fu en Poitiers Aiol[sj li ber(s),

Que trestout le porsievent par la chité

« Vasal, chevalier, sire, a nous parlés !

Furent ces arme[s] faite[s] en vo resné ?

Fu Audengier[s] vos peres qui tant fu ber

Et Raiberghe vo mere o le vis cler?

Iteus armes soloit toudis porter.

Car remanés o nous en cest esté;

A ceste Pentecouste nos ju[s] ferés

Vo chevaus ert torchiés et abevrés,

Si nous en juerons par la chité. »

Quant Aiol[s] l'entendi, molt fu irés

Il s'oi blastengier, si fort gaber;

Et ire et mautalent, bien le savés,

A de hardement home tost enbrassé.

Il li vint en talent et en pensé

Vous vivrez fort bien de ce métier,

et il n'y a aucune honte à gagner son pain.»

Quand Aiol l'entendit, il fut irrité,

mais leur a répondu calmement, avec courtoisie :

« Seigneurs, dit le jeune homme, éloignez-vous !

Que Dieu vous pardonne tous vos péchés,

rentrez chez vous et laissez-moi,

je ne me prends pas pour un crieur de vin :

je suis un pauvre malheureux étranger, je ne puis le nier.

Peu importe qui me méprise, je connais ma valeur. »

Et certains s'en vont, qui ont pitié de lui.


XXVI


Seigneurs, vous le savez déjà, c'est vrai

qu'il n'y a sous le ciel aucun homme né de mère,

fût-il jeune, fort et endurci,

qui, exilé en pays étranger,

mal vêtu, dénué de tout,

ne soit injurié, lourdement raillé

et tenu dans le plus grand mépris.

Ce fut le cas pour  le noble Aiol à Poitiers,

que tous poursuivirent dans la cité.

« Vassal, chevalier, seigneur, parlez-nous !

A-t-on forgé ces armes dans votre royaume ?

Votre père était-il Audigier, de si grande réputation ?

Votre mère était-elle Raiberghe au radieux visage ?

Il avait coutume de toujours porter ces armes.

Allez, restez avec nous tout l'été ;

à la Pentecôte, vous participerez à nos jeux,

votre cheval sera bouchonné et abreuvé,

et nous nous amuserons avec lui dans toute la ville. »

Quand Aiol l'entendit, il fut très irrité

de se voir si durement insulté et raillé ;

vous le savez bien, irritation et colère

enflamment vite un homme.

Il eut un grand désir



























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Jean Gessler, « Notes de Lexicologie comparée (LImbourgeoise et Liégoise)", dans Mélanges de linguistique romane offerts à Jean Haust, Slatkine, Liège, 1939, p. 183-207; p. 205-206.