Che samble des cevaus le roi Artu

Ne peut consentir home que tout ne tut.

E Dex! com a löer fait cis escus !

Che resamble des armes dant Esau

Qui vesqui par eage .c. ans u plus".

Quant l'entendi Aiols, dolans en fu,

Parfondement reclaime le roi Jesu.


XXV


Des or s'en va Aiol par le marchié,

Lui ne chaut s'est occis li pautoniers,

Car molt l'avoit gabé et laidengié;

Molt le vont porsivant trestout a pié

Et serjant et borgois et escuier

Et dames et puceles et ces molliers

Ains mais n'entra tel joie dedens Poitiers.

Et dist li uns a l'autre « Cousin, voiés !

Tout avons de novel regaïgnié,

Car chi nous est venus un chevaliers

Qui samble del parage dant Audengier ! »

Li borgois sont felon et malvoisie

Moult li avont lait dit et reprovier :

« Dites, sire, u menrés cel destrier ?

Bien ait qui vous aprist a cevauchier !

Vous vengerés Fouré quant tans en ert.

De la cose a nos moines aiés pitié

Ne vous caut aparmains, et le laisiés :

Il prieront pour vos en lor sautiers,

Quant il canteront la en lor moustier

De rober ordene c'est grans pichiés.

Faites nous un eslais par che marchié.

Li chien de ceste vile s'en sont gagié

Qu'il mengeront le car de cel destrier.

Chiés Pieron le süer vos herbergiés

Se li donés .v. sous de vos deniers

Il vous aprendera quir a taillier.

On dirait un des chevaux du roi Arthur

qui ne supporte pas qu'un homme le touche.

Par Dieu ! Que cet écu mérite de louanges !

On dirait une des armes de sire Esaü

qui vécut cent ans ou plus. »

Quand Aiol l'entend, il en est meurtri,

il implore Jésus de tout son cœur.


XXV


Maintenant, Aiol s'en va sur la place du marché,

et peu lui importe d'avoir tué le coquin,

qui l'avait grandement ridiculisé et outragé ;

beaucoup le suivent, tous à pied,

les sergents, les bourgeois, les écuyers,

les dames, les demoiselles et les femmes mariées.

On n'avait jamais tant ri à Poitiers.

Et l'un dit à son voisin : « Voyez, cousin,

les temps bénéfiques nous sont revenus,

car il nous est advenu un chevalier

qui semble de la lignée du seigneur Audigier ! »

Les bourgeois sont méchants et malveillants,

ils ont eu pour Aiol bien de laides insultes et des reproches :

« Dites-nous, seigneur, où menez-vous ce cheval ?

soit félicité celui qui vous apprit à chevaucher !

un de ces jours, vous vengerez Fouré.

Grâce pour la cause des moines,

cela ne vous concerne pas pour le moment, laissez-les en paix :

ils prieront pour vous dans leur psautier

quand ils chanteront au monastère.

Ce serait un grave péché de voler de saints hommes.

Faites-nous donc un petit galop sur la place du marché.

Les chiens de cette ville ont fait le pari

qu'ils mangeront de la viande de votre cheval.

Allez loger chez Pieron, le cordonnier,

et donnez-lui cinq sous de votre bourse,

il vous apprendra à tailler le cuir.






















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54- Allusion à une chanson fort scatologique (fin XIIe-début XIIIe), Audigier, parodie de chanson de geste, et dont un des personnages est Fouré.