Chevalier et borgois l'en esgarderent,

Et dames et puceles es tors monterent,

Et dist li un a l'autre « Voiés, compere,

Par la foi que vous doi, qui est chis leres ?

Ces armes que il porte a il enblees,

Mais molt par a le chiere et bele et clere,

Et bien resamble nex de france mere. »


XXIV


Des or s'en va Aiol[s] molt irascu[s]

Quant tout le vont gabant, grant et menu.

Evous .i. lecheor corant venu

D'un celier ist tous ivres, qu'il ot beu,

Et ot jué as deis, s'oi tout perdu.

Corant vint a Aiol, si l'arestut,

Par le frain le sacha par grant vertu.

« Maistre,  dist li lechieres, estes vehu ?

Qu'avés tant demoré al boin eur ?

Mi compaignon vos beent, tout ont perdu.

Cis chevaus est moult maigres et confondu

Il estera anqui al vin beu,

Et cele lance roide et cis escu.

Qui vous dona che frain a or batu ?

Les resnes en sont routes, mais moult boin fu. »

Par le frain le saisi, si l'arestut.

Marchegai le regarde, si nel connut

Il hauce le pié destre, si l'a feru,

Par desous le braioel ens el vui bu,

Que tout son pie li a el cors repus,

Joste lui l'abat mort tout estendu.

« Cuivers, chou dist Aiols, a vous féru ?

Que gisiés vous illeuc ? car levés sus !

Racatera mon gage .v. sous u plus. »

Et cil borgois s'en gabent qui l'ont veü,

Et dist li uns a l'autre « Trai toi en sus

Cis est de la taverne trop tost issus !

Chevaliers et bourgeois le regardent,

dames et demoiselles montent au sommet de la tour

et quelqu'un dit à son voisin : « Voyez, compère,

je vous le demande, qui est ce larron ?

ses armes, ne les aurait-il pas volées ?

mais comme il a un beau et clair visage,

et semble né de noble mère. »


XXIV


Aiol s'en va ainsi, très peiné

d'être moqué de tous, grands ou petits.

Et voici qu'arrive en courant un personnage obscène,

sortant tout ivre d'une cave où il a bu,

joué aux dés, et d'ailleurs a tout perdu.

Il se précipite sur Aiol et l'arrête,

serrant vigoureusement la bride du cheval.

« Maître, dit le saoulard, vous voici donc ?

où vous êtes-vous tant attardé avant cet heureux moment ?

Mes compagnons se languissent de vous, car ils ont tout perdu.

Ce cheval est bien maigre et détruit,

cela suffira aujourd'hui à payer le vin qu'on a bu,

en y ajoutant cette grosse lance et cet écu.

Et qui vous donna ce frein d'or martelé ?

Vos rênes sont cassées, mais elles étaient de qualité. »

Il a saisi le cheval par le frein et l'a arrêté.

Marchegai l'examine, voit qu'il ne le connaît pas,

lève le pied droit et le frappe

sous la ceinture, au bas-ventre,

lui enfonçant tout le sabot dans le corps,

l'abattant mort, couché à côté de lui.

« Cul vert, dit Aiol, vous aurait-il frappé ?

pourquoi gisez-vous là ? Allez, debout !

cinq sous ou plus paiera ma caution.»

Et les bourgeois qui ont tout vu en plaisantent,

et l'un dit à l'autre : « Sauve-toi, et loin,

celui-ci est trop vite sorti de la taverne !



























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