Li dui tout en fuiant s'en sont torné,

Et Aiols les encauche par grant fierté:

S'en a l'un retenu, l'autre tué.

A l'abie revient tout le cemin feré,

Puis desloia les moines par bonté.

Hautement escria « Cestui prendës,

«A le brance d'un caine si le pendés,

Car tout issi doit on laron mener. »

Et cil si fissent sempre sans demorer.

La commencha justiche Aiol li ber,

Puis le maintient il bien tout son aé.

Huimais porés oir la verité

Com il rendra sen pere son ireté,

Car par grant traison en fu jetés.

La nuit i sejorna jusc'au jor cler,

Congiet a pris as moines, si s'est armés.

Aiol monte el ceval, s'en est tornes

En son maistre cemin en est entrés.


XXII


Des or s'en va Aiol lance levee

Et trespasse les plains et les contrees,

Et les grans desrubans et les valees.

Venus est a Poitiers a .v. jorneës.

Che fu par .i. joidi a la vespree:

Aiols entra es rues par mi l'estree

Sa lance estoit molt torte et enfumee,

Et ses escus fu vieus, la boucle lee,

Et sa resne ronpue et renoee,

Et les piaus de son col sont descirees.

Li ceval vit les armes mal atirees

II fronche des narines, la geule bee ;

Aiols li tient le resne estroit seree,

Ausi porte la teste en haut levee

Que li cers que on cache a la menee,

Quant li bracet le cacent a la ramee.

Les deux autres ont fait volte-face et s'enfuient,

et Aiol les pourchasse vigoureusement.

Il en capture un et tue l'autre.

Il retourne à l'abbaye par le chemin pavé

et détache généreusement les moines.

Il dit à haute voix : « Prenez celui-ci,

et pendez-le à la branche d'un chêne,

car c'est là que doit finir tout voleur. »

Et les moines l'ont fait, vite et sans attendre.

Ce jour-là, Aiol rendit pour la première fois la justice,

ce qu'il allait faire sa vie durant.

Vous pouvez maintenant entendre la vérité,

et comment il rendra à son père l'héritage

dont on l'avait spolié par grande injustice.

Il séjourna à l'abbaye jusqu'à l'aube,

prit congé des moines, s'équipa,

se mit en selle et s'en alla

par la grand-route.


XXIII


Maintenant Aiol s'en va, la lance haute,

et passe les plaines, les pays,

les ravins profonds et les vallées.

En cinq jours, le voici à Poitiers,

c'est un jeudi, à l'heure de vêpres.

Aiol entre dans la ville par la grand-rue.

Sa lance était tordue et enfumée,

son vieux bouclier avait la bosse toute aplatie,

la courroie cassée et juste renouée,

les fourrures de son col déchirées.

Le cheval regarde ces armes mal soignées,

il fronce les naseaux, la gueule grande ouverte ;

Aiol le tient à rênes courtes,

il lève haut la tête

comme un cerf pourchassé

poursuivi à travers bois par une meute de braques.



























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