Celui n'ont li laron mie trové

Signor, n'est pas mençoinge, c'est verité.

Cil cui Diex veut aidier il est trovés.

Aiols est esvelliés, vit le clarté,

Car li laron avoient fu alumé

Les sergans ont loiés et enconbrés,

Si a veu les moines enkenbelés,

Les escrins et les arces vit deffremés;

Si en a son ceval veu mener.

Or ne demandés mie s'il fut irés !

Dameldieu reclama de majesté :

« Dame Sainte Marie, or secourés ;

Se mon ceval en mainent mal ai esré.

Jamais en douche Franche ne quir entrer

Ne ne rendrai mon pere ses iretés. »

II sailli fors del lit, si est levés.

Près estoit de ses armes, si s'est armés

Il a l'auberc vestu, l'elme fremé,

Et a çainte l'espee a son costé,

L'escu par les enarmes al pis serë.

Il saut fors de la cambre a le clarté,

A sa vois qu'il ot haute lor a crié,

Si lors dist fierement « Signor, estés !

«Por qu'avés vos ces moines enkenbelés

Et ces serjans loiës et encombrés ?

Gel ceval, s'il vos plaist, me renderés

Vos n'i avés nul droit, car Dex le set.

Mes peres le nori qu il m'a doné :

J'en averai soufraite sel me tolés. »

Et respondi li maistres.: « Avant venés!

Si serës or en droit tondus et rés

Nous vos ferons corone al desevrer

Ensamble avoec ces moines demores

Matines et complie canterés. »

Quant l'entendi Aiol[s], molt fu irés.

Quant il ot que merchi ne pot trover,

De Dieu les desfia par grant fierté

Puis a traite l'espee qu'iert a son lés.

Lui, les voleurs ne l’ont pas trouvé,

je ne mens pas messeigneurs, je dis vrai.

Quand Dieu veut aider un homme, il sait où le trouver.

Aiol s’éveille, il voit une lueur,

car les larrons avaient allumé un feu.

Ils ont attaché et enchaîné les serviteurs,

puis il a vu les moines ligotés,

il a vu les reliquaires et les coffres ouverts,

et surtout il a vu qu’on emmenait son cheval.

Là, ne me demandez pas s’il fut en rage !

Il s’adressa à Sa Majesté Dieu :

« Madame Sainte Marie, secourez-moi sur l’heure ;

s’ils emmènent mon cheval, mauvais voyage !

Inutile de chercher à entrer en douce France,

je ne restituerai pas son héritage à mon père. »

Il a bondi hors du lit, il s’est levé.

Ses armes étaient tout près, il s’est équipé,

a revêtu le haubert, lacé le heaume,

et ceint l’épée à son côté,

a serré sur son torse les lanières du bouclier.

Il bondit hors de la chambre, dans la lumière,

et d’une voix qu’il avait forte interpelle les voleurs,

et leur dit hardiment : « Seigneurs, on ne bouge plus !

Pourquoi avez-vous ligoté ces moines,

attaché et enchaîné ces serviteurs ?

et ce cheval, rendez-le moi s’il vous plaît,

Dieu sait que vous n’avez sur lui aucun droit.

Mon père l’a élevé et me l’a donné :

il me manquera beaucoup si vous me le dérobez.»

Et le chef des brigands lui répond : « Approchez !

et vous serez sur-le-champ tondu et rasé,    

nous vous ferons une belle couronne avant notre départ.

Restez pour toujours avec ces moines,

vous chanterez matines et complies.»

Quand Aiol l’entendit, la colère le prit.

Quand il comprit qu’on ne l’épargnerait pas,

au nom de Dieu il les défia hardiment

puis tira l’épée qu’il portait au côté.
































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52- Tondu, pour devenir moine. Rasé est peut-être allusion à la fierté franque de porter une longue chevelure. Pour destituer un roi, on le rasait, le tondait et l’envoyait au couvent, dans le meilleur des cas.