Je ne sai qui cil sont, de quel contree.

Dameldieu me confonge, li voir Saveres,

Se ja de lor avoir en porc desree.

Ne sui pas marcheans qu'aie borsee,

Ains m'en vois reconquerre l'onhor mon pere,

Dont ma mere est a tort escaitivee. »

Il entra en sa voie grant et feree

Et trespasse les mons et les valees,

Adont fu il moult prees de la vespree.

Aiol reclaime Dieu le vrai Savere

Que boin ostel li doinst li nostre pere.

Il trova .i. ostel en selve clere

De sains moines i a de sa contree

Qui por l'amor de Dieu bien l’ostelerent

Pain et vin a l'enfant por Dieu donerent;

Marchegai son destrier li establerent,

Très en mi le maison li assenerent,

De l'avaine et del feure se li donerent.

E Dieus si ber le fissent cose est provee.

Il avoit .vi. larons en la contree :

Sovent les assailloient as ajornees;

Ançois la mienuit laiens entrèrent,

Les moignes de laiens enkenbelerent,

Lor escrin et lor arces tous deffremerent,

Les livres et les dras tous en jeterent

Et trestout l'autre avoir qu'il i troverent,

Et de sor Marchegai trestout torserent

Aiols dort d'autre part; ne le troverent.


XX


Li laron ont-les moine[s] enkenbelés

Et les serjans loiës et encombrés

Les escrins et les arces ont deffremés,

Les livres et les dras ont fors jetés,

Et desor Marchegai trestous torsés.

Aiols en une cambre d'autre part ert

La se dormoit li enfes qui mot ne set.

Je ne sais qui étaient ces gens, de quel pays.

Que le Seigneur Dieu, notre Sauveur, me confonde

si j’emporte jamais une part de leur butin.

Je ne suis pas un marchand à grosse bourse,

je vais plutôt reconquérir le fief de mon père,

d’où ma mère fut injustement exilée. »

Il s’engage sur la large route pavée

et passe montagnes et vallées,

jusqu’à se trouver bien près de vêpres.

Aiol demande à Dieu, le vrai Sauveur,

notre Père, de lui donner un bon gîte.

Dans une clairière, il trouve un hôtel,                                50

tenu par de saints moines de son pays,

qui pour l’amour de Dieu le logèrent confortablement,

au nom de Dieu lui donnèrent le pain et le vin ;

ils mirent le destrier Marchegai à l’écurie,

lui assignant une place au milieu de l’habitation,

lui donnèrent de l’avoine et du foin.

Dieu ! qu’ils agirent avec noblesse, la chose est prouvée.

Il y avait six larrons dans la contrée :

ils attaquaient souvent les moines au point du jour ;

avant minuit, ils entrèrent dans l’hôtel,

ligotèrent les moines qui y logeaient,

ouvrirent leur reliquaire et leurs coffres,

en sortirent tous les livres et les vêtements

et tous les biens qu’ils purent trouver,

et chargèrent le tout sur Marchegai.

Aiol dormait ailleurs, ils ne le trouvèrent pas.


XX


Les voleurs ont ligoté les moines,

attaché et enchaîné les serviteurs,

ouvert coffres et reliquaires,

en ont jeté hors livres et vêtements,

et tout empaqueté sur Marchegai. 

Aiol était dans une autre chambre,

le jeune homme dormait là, sans se douter de rien.





























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Orcival

Aulnay-de-Saintonge

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50- Sans doute monastère ou abbaye, accueillant les pélerins.












51- « Troussèrent » ?