Ne donroie la moie, car moult m'agree. »

Puis a le grosse lance tost recovree,

Contremont vers le ciel si l'a levée.

« Dameldieu, dist il, sire, glorieus pere,

Garissiés hui mon cors, verais Saveres ! »

Et va ferir .i. autre qui s'apresteve

Que la targe li a par mi trouée ;

Li Sarrasins trestorne qui l'a doutee;

A Aiol est sa lanche droit escapee

Ens el treu de la targe en est remese,

Et li paien s'enfuit par mi la pree

Si traîne la lance viese enfumee.

Aiols gete la main, si trait l'espee,

Si vait ferir le Turc une colee

Que la teste li a du bu sevree.

Li quars s'en va fuiant de randonee,

Et quant le voit li ber, ne li agree.

Si aquelli celui par mi l'estree

Qui trainoit la lance viese enfumee.

Après lui est venus sans demoree

Hautement li escrie : « Amis, biaus frere,

Car me rendés ma lance, s'il vos agree.

N'en voit nule de vos neves planee,

Car la moie est plus roide et enferee.

.Iiiii. sous vous donrai de ma contrée

Par foi, ceus me carga l'autrier mes peres. »

Li paiens l'entendi qui se desree,

Il regarde la lanche qu’il a trainee;

Il trestorne la main, jus l'a jetee;

A esperons s'enfuit par mi la pree,

Et Aiols a se lance tost recovree,

Contremont vers le ciel si l'a levee :

« Dameldieu, dist il, sire, glorieus pere,

Or a jou bien veu jouste membree.

Ahi c'or nel savés, Elies peres,

Que j'ai si grant bataille chi afinee!

Dieus si lie en fuisiés, Avise mere.

je n’échangerais pas la mienne, qui me satisfait pleinement. »      

Puis il a récupéré sa grosse lance,

et il l’a dressée très haut, vers le ciel.

« Seigneur Dieu, dit-il, père de gloire,

en ce jour, protégez mon corps, vrai Sauveur ! »

Il va en frapper un autre qui se préparait au combat

et si bien qu’il perce son bouclier en plein milieu ;

Le Sarrasin commence à douter et s’enfuit,

Aiol a du coup lâché sa lance 

qui reste fichée dans le trou fait à la targe,

et le païen s’enfuit dans la prairie,

traînant avec lui la vieille lance enfumée. 

Aiol lance la main à son épée qu’il tire,

et il va frapper le Turc d’une telle colée

qu’il lui a séparé la tête du torse.

Le quatrième s’enfuit en toute hâte,

sous les yeux d’Aiol à qui cela ne plaît guère.

Alors il coupe la route et attaque

celui qui traînait sa vieille lance enfumée.

Il l’atteint sans tarder

et lui crie très fort : « Ami, cher frère,

rendez-moi donc ma lance, s’il vous plaît,

je ne veux aucune de vos lances bien polies

car la mienne est plus ferme et mieux ferrée.

Je vous donnerai cinq sous de mon pays,

croyez-moi, ceux que me confia mon père l’autre jour. »

Le païen en fuite l’entend,

voit qu’il traîne une lance,

passe la main dans son dos et jette l’arme à bas ;

donnant des éperons, il fuit par la prairie,

et Aiol a tôt fait de récupérer sa lance,

et il la dresse très haut vers le ciel :

« Seigneur Dieu, dit-il, père de gloire,

je vois maintenant ce qu’est un engagement pour de bon.

Ah ! Elie, mon père, que n’avez-vous connaissance

du beau combat que j’ai mené à bonne fin ! 

Dieu ! comme vous en seriez heureuse, Avisse, ma mère.




































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49- On pourrait oser « engagement musclé », ou « combat de vrais hommes ».