Qu'il ne soit mors, ne pris, ne afolé.

S'or ne se peut desfendre par sa bonté

Ja l’averont ochis et afolé,

Car parent ne cousin n'i ot mené.


XIX


Or fu Aiols li enfes en mi le pre[e]

Et li .iiii. paien lés le ramee;

Monté sont es chevaus de lor contree,

Mais n'orent que .ii. targes a or bendees;

S'orent .ii. groses lances longes, ferees,

Et les autres estoient el camp remeses

As escuiers qui erent en mi la pree.

Et li paien chevaucent, n'i aresterent;

Vers le dansel s'eslaissent grant alenee

L’un des paiens li crie : « Traïtre, leres,

Fieus a putain, garçon, traiés l'espee,

Se le me bailliés tost se ele est clere:

Mon escuier as mort, s'estoit mes frere. »

Aiol a juré Dieu qui est saveres :

« Se tu ne nes plus durs que li autre ere

Tu comperas anqui cele criee. »

II broche Marchegai sans demoree;

Li paien li trestorne de randonee,

Grans cos se vont doner es targes lees.

Li Turs brise sa lance de neuf feree,

Mais li Aiol se tient, qu'est enfumee,

Que la targe li a frainte et troee

Et la bronge del dos li est fausee;

Par mi outre le cors li est passee

La lanche a tout le fer ensanglentee

Que mort l'a abatu en mi le pree.

A haute voix escrie : « Diex saut mon père !

Toutes ses vieuses armes  m’ont bien garde.

Fiex a putain, paien, avés soudee;

Pire est vo neve lance de l'enfumée.

Qui me donroit des neuves une caree,

qu’il ne soit capturé, ni blessé, ni tué.

S’il n’est maintenant protégé par sa seule vaillance,

il sera bientôt blessé et tué,

car il n’est accompagné de père ni de cousins.                  


XIX


Et voici le jeune Aiol au milieu du pré

et les quatre païens près du bois ;

ils sont montés sur des chevaux de leur pays,

mais ils n’ont que deux targes barrées d’or ;

et ils portent deux grosses et longues lances ferrées,

les autres étant restées sur le sol

avec les écuyers abattus dans le pré.

Et les païens galopent sans ralentir,

s’élancent vers le jeune homme à vive allure ;

l’un des païens lui crie : « Traître, larron,

fils de pute et de garce, tire ton épée,

et donne-la moi vite, que je voie son éclat :

tu as tué mon écuyer, c’était mon frère. »

Aiol en fait serment devant Dieu le Sauveur :

« Si tu n’es pas plus solide que l’autre

tu vas sur-le champ payer ce discours. »

Il éperonne immédiatement Marchegai ;

le païen fait vivement volte-face,

ils frappent violemment les larges boucliers.

Le Turc brise sa lance ferrée de frais,

mais celle d’Aiol, durcie au feu, résiste,

si bien que la targe est brisée et trouée,

le haubert fracassé et son dos faussé ;  

la lance a percé le corps de part en part,

-son fer est tout ensanglanté-

et couché le Sarrasin raide mort sur le pré.   

Il s’écrie à haute voix : « Dieu sauve mon père !

toutes ses vieilles armes m’ont bien protégé.

Fils de putain, païen, tu l’as eu ton salaire,

ta lance neuve est plus mauvaise que ma lance enfumée.

Pour une charretée de lances neuves




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47-  Le cousin est pour nous un parent. Mais, pour une fois, il n’y a peut-être pas redondance : «parents» désigne le père et la mère.



















48- Ou : «Essaie de me frapper, que...»