Or m'est il bien avis je l’ai ochis ;

Or doinst Dex que che soit .i. Sarrasins :

De sor gent chrestïane ne quir ferir.

- Cuivers, che dist li autres, si estoit il,

Mais tu le comperas, par Apolin ! »

Quant l'entendi Aiols, lië[s] en devint.


XVIII


Or fu Aiols li enfes enmi le pré,

Et li .iii. escuier sont molt iré

Que lor compains gist mors en .i. fossé.

Li uns s'en vient vers Aiol tous irés ;

II a brandie l'anste al fer quarré,

Vait ferir en l'escu viés enfumé.

Tant estoit fors et durs n'est pas troés.

Aiols fu chevaliers preus et menbrés,

Bien s'afiche el destrier, n'est pas versés,

Et cui Dieus veut aidier il est savés

Le glouton esgarda, si fist autel :

En mi le pis li ra tel caup doné

Que très par mi le cors li fist passer

La boine lance toute al fer quaré,

Que mort l'a abatu en mi le pré.

Comme li doi le virent, si sont iré,

Isnelement fuiant s'en sont torné.

Vinrent as Sarrasins, si ont crié :

« Por Mahomet, signor, car secourés !

Chi traverse .i. vallès par mi che pré,

Nos compaingons a mors et afolé

Des armes que il porte sanble maufé. »

Li .iiii. paien l'oent, si sont iré ;

Il saillirent en piés, si sont levé

Et vinrent as chevaus, si sont monté,

Et prendent les escus a or bendé,

Et saisirent les lances as fers quaré.

Vers le dansel s'eslaisent tout abrivé.

Et Diex garisse Aiol par sa bonté

et selon moi il est bien mort ;

Dieu fasse que ce soit un Sarrasin :

je ne voudrais pas frapper de bons chrétiens.

- Cul vert ! dit l’autre, c’était bien un Sarrasin,

mais tu le paieras, par Apollon ! »

Quand Aiol l’entend, il s’en réjouit.


XVIII


Le jeune Aiol est maintenant dans le pré,

et les trois écuyers sont fort en colère

de voir leur compagnon mort dans le fossé.

L’un vient à Aiol, courroucé,

il brandit sa lance au fer carré

et va frapper le vieil écu terni.

Il était si fort et résistant qu’il ne fut pas transpercé.

Aiol était un chevalier courageux et vigoureux,

il se carre sur son cheval et n’est pas mis à bas,

car celui que Dieu veut aider est sauvé.

Aiol regarde le pillard, et il l’imite :

il lui donne en retour un tel coup en pleine poitrine

qu’il lui perça le corps de part en part

de sa bonne lance au fer carré,

et qu’il l’a laissé étendu mort sur le pré.

Voyant cela, les deux autres entrent en fureur,

ils font rapidement volte-face,

rejoignent les Sarrasins et leur crient :

« Par Mahomet, seigneurs, à l’aide !

un jeune homme passe dans ce pré,

il a blessé et tué nos compagnons

avec ses armes qui nous semblent démoniaques. »

Les quatre païens entendent cela avec colère ;

ils se relèvent d’un bond,

vont à leurs chevaux et se mettent en selle,

prennent leur écu à bandes d’or,

et saisissent leur lance à fer carré,

s’élancent et chargent le jeune homme.

Que Dieu, dans sa bonté, garde Aiol,



























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