Et cil resaut en piés, monte el roncin.

Aiols les regarda qui del bos vint

Volentiers et de gré, et si s'en rist,

Et jure Dameldieu qui ne menti

Sil l'atendent a cop qu'il fera si.

Il broche Marchegai sor coi il sist :

Li cevals le senti, si tressailli,

Des esperons a or tous en frémi,

Car moult avoit grant pieche ne les senti

Fors al premier eslais que el bos fist ;

Il est issus del bos, vint el lairis,

Galopant vait vers aus tou le cemin.

Li escuyer l'esgardent, si l'ont coisi,

L'uns s'eslaisse vers l’autre tous aati,

Grant cop li vait doner sor l'escu bis

Mais tant est fors et durs ne l’a maumis

Que il n'avoit milleur en nul païs.

Sa lanche pechoia, n'a plus conquis.

Aiols fu chevaliers preus et gentis

Bien s'afiche el destrier, n'est pas guencis;

Le glouton regarda, sel fiert aussi.

De l'escu li percha tain et vernis,

Grant cop li a done en mi le pis;

Le fer de son espiel el cors li mist,

Toute plaine sa lanche mort l'abati.

Encore estoit Aiols si enfantis

Ne li quida mal faire, se li a dit :

« Remontés tost, vallet, sor vo ronci

Demain vos tenés miex se estes ci !

- Cuivers, che dist li autres, «tu l'as oci !

- N'en puis nient,  dist Aiols, se Dieu m'aït.

Ansi quidai juer con tu fesis.

Puis que cestui ai mort, or garde ti,

Encor sara je bien tel cop ferir

U plus grant s' il se peut adevenir !

et l’autre se remet sur pied, saute sur son roncin.

Aiol, arrivant du bois, les regarde faire

avec plaisir et intérêt, et il en rit,

il jure à Dieu le juste

que s’ils veulent un coup, il le leur donnera.

Il éperonne Marchegai sur lequel il chevauche :          

le cheval le sent, il tressaille,         

frémit sous le coup des éperons tout en or,

ce qu’il n’avait ressenti depuis longtemps

sauf dans le bois, à son premier bond ;

Aiol sort du bois , monte la colline,           

toujours au galop se dirige vers les Sarrasins.

Les écuyers l’ont aperçu et le regardent venir,

l’un d’eux s’élance rapidement vers Aiol,        

lui assène un grand coup sur son écu gris,

mais il il n’a pu le briser ; il est si résistant et si dur

qu’il n’y en avait de meilleur en nul pays.

Il brisa sa lance et ce fut la fin pour lui.

Aiol se comporta en bon et fier chevalier :

il se cale fermement sur son destrier, ne se dérobe pas ;

il regarda le pillard, et lui aussi le frappe.     

Il a transpercé peinture et vernis du bouclier,

a donné un grand coup en pleine poitrine ;

il lui a plongé le fer au corps,                        

l’a abattu raide mort à pleine lance.

Aiol était encore si naïf

qu’il ne pensait pas que ce fût grave, et il lui dit :

« Valet, remontez vite sur votre roncin,       

si vous repassez demain par ici, cela ira mieux pour vous !

- Cul vert ! dit l’autre, tu l’as tué !              

- Ce n’est pas ma faute, dit Aiol, si Dieu m’a soutenu.

Je croyais m’amuser comme tu le faisais.

Mais puisque celui-ci est mort, prends garde à toi,

je peux encore donner un coup comme celui-là,

et même un plus fort, si cela se trouve !

« Seigneur Dieu », dit Aiol, « quel coup de chance ! »

voici le premier homme que je frappe,






























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46-  Ayant encore «cul-terreux», nous pouvons bien garder «cul vert», voire lancer une campagne de réhabilitation du mot, avec losengier, lecheor et quelques autres.