XVII


Des or s'en va Aiols, l'enfes gentis,

Le sentier par le bos moult esniaris.

Dameldieu reclama de paradis

« Glorieus del ciel fet il qui me fessis,

Et le ciel et le terre as a baillir,

Tu me garis de mort et de peril.

Ainc ne vi chevalier autre ferir,

Ne cenbel commenchier ne maintenir.

Ja Dameldieu ne plache qui le mont fist

Que puisse entrer en France le Loëys.

S'aie veü joster par devant mi

Issi c’auçune cose en aie appris. »

E ! Dieus ! si ne fist il, che m'est avis.

Ne fuissent les proiere q'Avisse fist

La soie vaillant mere al cors gentil,

Et Elie ses peres en proie aussi

Jhesu de sainte gloire qui ne menti,

Senpre fust retenus u mors u pris,

Q'a l'issue del bos ens el chemin

Ot .iiii. chevaliers tout Sarrasins,

Et vienent de saudee, molt ont conquis :

Assés portent avoir et vair et gris,

Et argent et denier et boin or fin.

De l'ost roi Mibrien furent parti,

Torné de Pampelune, le riche chit,

cherkent les fourier et les lairis ;

Et furent dessendu en droit midi

Por lors cors aaisier et refroidir

En l'ombre se couchierent d'un ramé pin;

Lor escuier bohordent sor lor roncin,

Les escus lor signor a lor caus mis

Por eus esbanoier par le lairis.

L'uns s'eslaisse vers l'autre, sel vait ferir,

Toute plaine sa lance jus l'abati,


XVII


Il part maintenant, Aiol, le noble jeune homme,

suivant un sentier malaisé dans le bois.

Il s’adresse à Dieu en son Paradis :

« Toi, gloire du ciel, qui me créas,

qui régis ciel et terre,

garde-moi du danger et du trépas.

Je n’ai jamais vu un chevalier en frapper un autre,

ni une guerre se faire et se prolonger.

Plaise à Dieu, créateur du monde,

que je puisse entrer dans la France du roi Louis.

Si j’avais pu voir un combat de mes yeux,

j’en aurais tiré des enseignements. »

Ah ! Dieu ! je pense que cela aurait dû lui arriver.

N’eussent été les prières qu’avait faites Avisse,

sa courageuse mère au noble cœur,

et celles également adressées par son père

à Jésus de sainte gloire et vérité,

Aiol eût été bien vite fait prisonnier ou tué,

car, sur le chemin à l’orée du bois,

il y avait quatre chevaliers, tous Sarrasins,

revenant de marauder, ayant bien pillé :                                             

portant tout un trésor de vair et de petit-gris,

de l’argent, des deniers, du bon or fin.

Ils ont quitté l’armée du roi Mibrien,

viennent de Pampelune, la riche cité,

battant les fourrés et les landes ;

en plein midi, ils ont mis pied à terre

pour reposer et rafraîchir leur corps,

se sont couchés à l’ombre d’un pin à larges branches ;

leurs écuyers s’amusent sur leurs roncins,

ayant pendu l’écu de leur maître à leur cou

pour jouer sur la colline.

L’un s’élance vers un autre pour le frapper,

l’abat d’un coup violent de sa lance,






























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