XVI


                          es or s'en va Aiols, s'a pris congié.

                          En un bos en entra grant et plenier ;

                          De .v. lieues plenieres n'avoit plaisié,

                          Ne vile, ne recet por herbergier

                          Fors seul a l'ermitage c'avoit laisié ;

Dameldieu reclama le vrai del ciel :

« Dameldieus, Sire peres, voir Droituriers,

Qui la mer et le mont as a jugier,

Tu me garis de mort et d'encombrier ;

J'ai men pere malade el bos laisié,

Peu m'a apris d'estor et ensaignië

Se je fuirai por hom s'il me requiert ?

Quant l'un ne connoist l'autre et il li vient,

Moult l'ai oi conter des chevaliers :

Quant il sont bien armé sor les destriers,

Il brocent lor cevax qui molt vont bien

Cascon al miex qu'il peut l'autre requiert ;

Grans cos s'en vont doner sans atargier,

Qui ne ciet ne ne verse cil le fait bien.

S'il ne brisent lor lances si sont irié,

Il jetent lor tronchons jus a lor piés

Puis traient les espees as brans d'achier

Mervelleus ces se douent parmi les chiés.

Dameldieu, Sire Pere, je n' en sai riens,

Ne onques ne vi jouste de chevaliers

Ne cenbel abastir ne commechier. »

Dont broche Marchegai son boin destrier,

Et Marchegai li saut .xiiii. piés

« E Dieus ! a ce dist Aiols, or l'a je chier !

Jamais jor de ma vie nel quier cangier. »





XVI


Maintenant Aiol part, il a pris congé.

Il entra en un grand bois touffu ;

à cinq bonnes lieues à la ronde, nulle ferme,                               44                       

ni ville, ni abri où loger,

à part l’ermitage qu’il venait de quitter.

Il fit appel à Dieu, juste roi céleste :

« Seigneur Dieu, Seigneur mon père, Droit suprême,

qui tiens sous toi la mer et la montagne,

garde-moi de souffrance et de trépas.

J’ai laissé mon père malade dans la forêt ;

du combat, il m’a peu montré ou appris :

vais-je m’enfuir si un homme me provoque,

ce qui se produit dans la rencontre d’inconnus ?

On m’en a beaucoup raconté sur les chevaliers :

quand ils sont en armes sur les destriers,

ils éperonnent leurs rapides chevaux,

chacun provoque l’autre de toute son ardeur ;

ils se frappent violemment sans attendre,

et qui ne vide pas les étriers et choit peut frapper à loisir.           45  

Qu’ils brisent leur lance les met en fureur,

ils en jettent les tronçons à leurs pieds

puis tirent l’épée à lame d’acier

et se donnent des coups fabuleux sur la tête.

Seigneur Dieu, Père, je ne sais rien faire de tout cela,

je n’ai jamais vu jouter des chevaliers,

ni une guerre se déclarer et commencer. »

Alors il éperonne son bon destrier Marchegai,

et Marchegai obéissant fait un bond de quatorze pieds.

« Mon Dieu ! dit Aiol, comme je l’aime !

Jamais de ma vie je n’en voudrai changer. »



























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Vézelay

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44- «Plaisier» : «enclos», et par extension «ferme», «domaine agricole».





















45-  «Le fait bien» : «qui ne tombe pas est bon combattant», ou plus précisément, en relation avec le vers précédent : «qui ne tombe pas peut continuer à frapper» ?