Qui contre lui venoient a pié esrant

Que il n’avoient eles ne tant ne quant,

Aiols lor donait plumes de maintenant,

En peu d’eure les fist liés et joians,

Che seront chevalier et boin sergant

De la tere de France la de devant

Qui perdu ont lor tere, lor casement.

Par Aiol les raront delivrement.

Ce senefient, sire, li ostoir blanc

Qui prendront compaingie a vostre enfant

S’en iront en Espaigne tout droitement,

Dessi a Panpelune, le chité grant.

L’ymage que veïstes, frans dus vaillans,

Che ert une pucele moult avenant.

Aiols l’ara a feme, vos fiex li frans,

Ele si ert ençainte de .ii. enfans

Qui d’Espaigne feront tout leur talent.

Si li songes est voirs, qui pas ne ment,

Encore seront il roi li doi enfant,

Cascon ara corone el cief portant.

- E Dieus ! che dist Elies, pere poissant,

Dame sainte Marie, qui vivra tant,

Que jou aie tel joie de mon enfant.

Je ne querroie vivre plus en avant.

- Sire, dist Moysès, li clers sachans,

Ne vos [en] alés pas esmervellant ;

Vos estes jovenes hon, mien ensiant,

Vous n’avés encor mie .xxxvi. ans

Tout chou porés veir et plus avant.


XI


Sire, dist Moysès, li sains hermites,

Je vos ai dit del songe la profesie;

Que chou que il tesmoigne tout senefie

Encore ert vos fiex rois, n’i faura mie. »

Aiol son fil baisa li france Avisse

Et les iex et la bouche et la poitrine,

Et trestout en plourant li prist a dire :

« Or en irés en Franche, fieus gentiex sire,

Je vous commanc a Dieu le fil Marie

Qui le chiel et la tere a establie

Qu’il deffenge vo cors de vilenie.

qui venaient à lui sur leurs pattes

parce qu’ils n’avaient plus aucune aile,

à qui Aiol redonnait sur-le-champ leurs plumes,

les emplissant aussitôt de liesse et joie,

ce seront les chevaliers et bons gens d’armes

de ce pays de France

qui ont perdu leurs terres, leurs fiefs.

Grâce à Aiol, ils les recouvreront.

Voilà ce que signifient les autours blancs

qui accompagneront Aiol en Espagne

Ils se rendront en droite ligne,

d’ici à Pampelune, la grande cité.

La statue que vous vîtes, noble et vaillant duc,

ce sera une jeune fille très belle :

Aiol, votre noble fils, l’épousera

et elle portera deux enfants

qui s’imposeront à toute l’Espagne.

Si votre songe est vrai, qu’il ne ment pas,

ces deux enfants seront rois

et chacun ceindra la couronne.

- Ah ! Dieu, dit Elie, père tout-puissant,

Madame Sainte Marie, que je vive assez longtemps

pour que mon fils me donne cette joie.

Que m’importera ensuite de vivre.

-  Sire dit Moïse, le clerc savant,

quittez cette pensée déraisonnable ;                               

pour moi, vous êtes encore un jeune homme.

Vous n’avez pas encore trente-six ans :

vous verrez tout ce que j’ai prédit, et bien plus encore.


XI


Seigneur, dit Moïse, le saint ermite,    

je vous ai appris ce que prophétise le songe,

la signification de chacun de ses détails.

Votre fils, sans nul doute, sera roi. »

La noble Avisse baisa son fils

sur les yeux, la bouche et la poitrine,

et tout en pleurant lui dit :                                                                     

« Vous allez partir en France, beau seigneur, mon fils.

Je  recommande à Dieu, le fils de Marie,

qui créa le ciel et la terre,

qu’il fortifie votre cœur contre la vilenie.



























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31-  Il nous a semblé que le mot «esmervellant» signifiait, avec peut-être quelque reproche de la part de Moïse, une attitude bizarre, en tout cas déraisonnable.