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De Dieus de sainte gloire, fiex, te deffenc,

La ouques tu le saras en ton vivent,

Ne pren a mavais home acointement.

Tost en aroies honte, mien ensient.

Un neveu ai en France qu’es[t] tes parens,

Il est fiex ma seror dame Hersent

S’a a non Gilebers o le cors gent,

Si guerroie le roi u France apent

Tout chou fait il pour moi, dont est dolent

Que il me taut me tere, mon casement.

Biaus fieus, alés a lui premierement;

Se il vos conissoit par nesun sens

Il ne vos fauroit ja, mien ensient.

- Sire, che dist Aiols, c’est por noiant

Ains irai a mon oncle u France apent,

De lui terai me tere, mon casement;

Je ne querrai ja autre en mon vivent

Jusques j’orai de lui le covenent,

Car chou est li plus riches de mes parens. »

Quant l’entendi Elies, molt fu joians

Biaus nex, molt m’enmervel u tu chou prens,

Dont te vient cis memoires et chis grans sens.

- Lasse!  che dist Avisse o le cors gent,

Certes c’est grant mervelle que ne me fent

Li ceurs que j’ai el ventre tout esranment,

Quant or s’en va mes enfes, si povrement

Qu’il nen a chieres armes et garniment.

Ja ne venra en tere ne entre gent

Qu’il ne soit escarnis molt laidement.

- Dame, che dist Elies, c’est por nïent

Que vous vous desmentes si faitement ;

Encore en arés joie, mien ensïent.

Anuit songai .i. songe molt avenent

Dont li ceurs me va moult esbaudissant.

La u Aiols aloit, vos fiex li frans,

Li bos et les gaudines, les forès grans

Aloient contre lui. tout aclinant.

Ors, lions et lupart, sengler, serpent,

Devant lui se coucoient en chemin grant;

A lor langues aloient ses piés lechant,

Et Aiols les prendoit as mains devant,

Ses ploncoit en une aigue et lee et grant.

Que Dieu, saint et glorieux, soit toujours ton armure.

Où que ta vie te mène,

ne fréquente pas les méchants.

Si je l’apprenais, tu en aurais vite honte.

J’ai en France un neveu, ton parent,

le fils de ma sœur, Dame Hersent.

Il s’appelle Gilbert, c’est un beau jeune homme

qui combat le roi qui tient la France.

C’est pour moi qu’il agit ainsi et il est désolé

que le roi m’ait pris mes terres et mes fiefs.

Cher fils, allez d’abord à lui

S’il venait à vous connaître,

j’en suis persuadé, il ne vous ferait pas défaut.

- Seigneur, dit Aiol, ce n’est pas la peine.

J’irai plutôt voir mon oncle, qui tient la France,

c’est de lui que je tiendrai mes terres et mes fiefs,

et je ne m’adresserai à nul autre que lui de mon vivant,

jusqu’à ce que j’entende de sa bouche ce qu’il m’octroie,

car il est le plus riche de mes parents. »

Quand Élie l’entendit, il en fut fort joyeux :

«Cher fils, ta réaction m’émerveille,

d’où tiens-tu cette raison, ce bon sens ?

- Hélas ! dit Avisse, ce noble cœur,

c’est miracle que ne se fende

sur-le-champ mon cœur dans ma poitrine,

alors que mon enfant s’en va si pauvrement,

sans riches armes ni équipement.

Il n’ira nulle part, ne fera aucune rencontre

qu’on ne le ridiculise méchamment.

- Madame, dit Élie, quelle chose inutile

de vous tourmenter ainsi ;

la joie vous reviendra, j’en suis sûr.

La nuit dernière, j’ai fait un rêve très agréable

qui me réjouit encore le cœur.

Partout où passait votre noble fils

les bois, les bosquets, les grandes forêts

venaient à lui en s’inclinant.

Les ours, les lions, léopards, sangliers et serpents

se couchaient devant lui sur le grand chemin,

et de leur langue, lui léchaient les pieds,

et Aiol leur ouvrait les bras

et les plongeait dans une eau large et vaste.











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