Ch'estoit fiex sa seror, de son linage.

Moult grant pitié l’esprist en son corage.

Lusïane sa fille s'en est pris garde,

Qui mult estoit cortoise et preus et sage.

Corant vint a sa mere, si l'en aresne.


XLV


Lusiane fut moult gentiex mescine,

Cortoise et avenant et afaitie,

Et fu nieche le roi de Sain Denise.

Sa mere en apela, prist li a dire :

« En la moie foi, dame, dist la mescine,

Chis hon qui la chevauce n'est pas bien rice.

Des hui matin va il par ceste ville ;

II a .iii. fois passé le bare antive,

Chevalier et borgois moult l'escarnisent :

Che me resamble enfanche et vilenie !

Je quic qu'il quiert ostel, qu'il n'en a mie. »

Et respont Ysabiaus : « C'or i va, fille !

Par le foi que tu dois sainte Marie,

Se tu povre le vois, nel gabe mie,

Car che seroit pichiés et vilenie.

Et se il vieut ostel, souëf l'en guie,

Por amor Jhesu Crist, le fil Marie,

Et por l'arme del pere qui m'a norie.

- Dame,  dist Lusiane, n'i faura mie. »

Par milieu de la presse s'est aquellie :

Qui la veist le cors de la mescine,

Et la car blancöier, le bouce rire,

Jamais ne li membrast de couardise.

Ele ot vestu un paile desous l'ermine,

Li giron bleu et vert furent, et inde,

Chauches ot de brun paile, caucher a liste.

Aiol prist par le rene, vers lui le guie :

« Parlés .i. poi a mi, damoiseus sire !

Moult avés hui alé par ceste vile,

il était de son lignage, c'était le fils de sa sœur.

Au fond du cœur, elle le prit en grande pitié.

Lusiane, sa fille, s'en aperçut :

elle était noble, vertueuse et sage ;

courant vers sa mère, elle l'interpelle.


XLV


Lusiane était une très noble demoiselle,

courtoise, avenante et bien éduquée.

Elle était la nièce du roi sacré à Saint-Denis.

Elle appela sa mère et lui parla ainsi :

« Sur ma foi, Madame, dit la jeune fille,

cet homme sur son cheval n’est pas bien riche.

Depuis ce matin, il erre par la ville ;

il a déjà passé trois fois les murs de la vieille cité,

les chevaliers et les bourgeois se moquent de lui :

cela me semble sot et méchant !

Je crois qu’il a besoin d’un logement, et qu’il en cherche un. »

Et Ysabeau répond : « Va donc le trouver, ma fille !

Par la foi que tu dois à Sainte Marie,

s’il est pauvre, ne le raille pas,

car ce serait péché et bassesse.

Et s’il désire un logement, invite-le délicatement,

pour l’amour de Jésus Christ, le fils de Marie,

et pour le repos de l’âme du père qui m’éleva.

- Madame, dit Lusiane, je n’y manquerai pas. »

Au milieu de la foule, elle s’est frayé un chemin :

qui eût vu le corps de la jeune fille,

ce qu’on apercevait de sa chair blanche, le rire de sa bouche,

jamais ne se fût souvenu de ses lâchetés.

Elle avait un manteau sous son hermine,

une jupe bleue, verte et indigo,

des chausses de drap bridé d’or, des chaussures à liseré.

Elle prit le cheval d’Aiol par la bride, le tira à elle :

« Parlez-moi un peu, jeune seigneur !

Vous avez beaucoup erré dans la ville aujourd’hui,

































65 bis


























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Ou « l’en prist » (voir Note Ardouin)





































65bis- L’expression est peut-être conventionnelle, mais ne manque pas de charme. Voir la beauté et être instantanément pardonné de ses lâchetés (et surtout, se les pardonner) est une belle idée.