Et le ciel et le terre as a baillier,

Tu me garis de mort et d'encombrier,

Et me done aventure par te pitié,

Que je puisse mon pere encore aidier

Et resvider ma mere qu'en a mestier.

Dame sainte Marie, vous m'en aidiés ! "

Quant Aiols ot Jhesu très bien proié,

Puis sacha de sa borse .iiii. deniers ;

Sor l'autel les a mis li chevaliers

Par non de sainte offrande molt volontiers.

Or sont li .iiii. sol desparelliés

Que Elies ses peres li ot bailliés.

Encore ot il .iii. sous et .viii. deniers

Et un bessant d'or mier bien enforcié

Que por Dex li dona .i. boins paumiers

Qu'encontra el cemin devers Poitiers ;

Puis en ot il merite et boin loier,

Il en ot vair et gris et boin destrier.

Aiol lieve sa main, si s'est sainiés :

"Sainte Crois beneoite, vostre congié !

Jou irai querre ostel donc j'ai mestier.

Or vos pri que vers Dex que m'en aidiés."

Par grant humilité ist dei moustier

Et trova son ceval aparellié,

Qu'il avoit al peron bien atachié.

N'avoit o lui sergant ne escüier,

Ains saisi son escu et son espiel,

Puis a toutes les rues d'Orliens cherkié.

Moult i trova serjans et cevaliers,

Et dame et puceles par ces soliers.

Il ne parla a eles ne nes requiert,

Ne ne demande ostel, qu'il n'en set niet :

Il n'estoit de che querre pas coustumier.

Sa lance fu moult torte, ses escu viés,

Ses elmes n'ert pas clers mes esrungiés,

Li las en sont rompu et alasquié,

D'une part le souscline, por poi ne ciet.

qui régis ciel et terre,

garde-moi de la mort et des épreuves,

accorde-moi généreusement des aventures, 

pour que je puisse encore aider mon père

et revoir ma mère qui le désire tellement.

Madame sainte Marie, aidez-moi en tout cela ! "

Quand Aiol eut bien prié Jésus,

il tira quatre deniers de sa bourse ;

le chevalier les a déposés sur l'autel

pour une sainte offrande faite de grand cœur.

Maintenant, les quatre sous sont dépensés

que lui avait remis son père Elie.

Il lui restait encore trois sous et huit deniers

et un besant d'or pur

que,  pour l'amour de Dieu, lui avait donné le bon ermite,

rencontré sur la route vers Poitiers ;

depuis, l'ermite en eut reconnaissance et récompense,

eut vair, petit-gris et bon destrier.

Aiol lève la main, se signe :

"Sainte Croix bénite, je vous quitte !

Je vais chercher un logis dont j'ai grand besoin.

Je vous en  prie maintenant, faites que Dieu m'aide."

Il sort humblement du monastère,

trouve tout prêt le cheval

qu'il avait bien attaché au perron.

N'ayant ni valet ni écuyer,

il prit son écu et sa lance,

et s'en fur par les rues d'Orléans chercher un logement..

Il y avait beaucoup d'hommes d'armes, de chevaliers,

de dames et demoiselles aux fenêtres des étages.

Il ne leur parla pas, ne s'enquit de rien,

ne sachant où loger, il ne demanda pourtant rien :

ces recherches ne lui étaient pas coutumières.

Sa lance était fort tordue, son écu vieux,

son heaume n'était pas brillant mais rouillé,

les courroies en étaient rompues ou distendues, 

il penchait sur le côté, peu s'en fallait qu'il ne tombât.



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63- «Mon cœur aspire à quelque chose de plus haut : je ne sais pas pourquoi il palpite tant que mon sein gauche se gonfle ainsi. Hélas ! où donc m’entraînent mes désirs ? » Wolfram von Eschenbach, Parzival, Paris, Honoré Champion, 2010, p. 167


«Certes, les témoins me manquent, mais l’Aventure le dit.» ( Id. p. 433).

Il n’y a pas de majuscule aux substantifs, à l’époque de Wolfram von Eschenbach. Les traducteurs français ont raison de la mettre. L’affirmation de l’auteur exalte ainsi les droits et prérogatives du récit.


Voir par exemple, dès le Prologue de La Vie Seint Edmund le Rei (entre 1190-1200), où Piramus, contraint de composer (péniblement dit-il) par pénitence, marque clairement la différence entre l’imaginaire, qu’il admire, et le réel, une autre valeur, qu’il se propose d’exposer.


                                                        



















    «Celui qui créa Partonopeu de Blois / en fit vers et rimes / fit tous ses efforts pour un beau poème ; / et il traita bien ce sujet, / mais ce fut par une fable et un mensonge. / Le thème semble venu d’un rêve, / car rien de tout cela n’a jamis pu se produire, / mais l’auteur est un maître conteur réputé, / et qu’on loue dans toutes les grandes cours./ Il en va de même pour Dame Marie (de France),/ qui rima, mit en forme / et composa ses lais / qui n’ont rien de véridique ; / et pourtant elle a grande renommée / et ses poèmes sont universellement aimés.»


64- ou : «alors qu’il ne connaissait aucun «ostel»