Par le grant caup qu'il virent del riche branc d'achier ;

Ne l'atendissent plus pour tout l'or desosiel.

Mais Aiol les escauche, si ataint le moien ;

Tel cop li a doné de l'espee d'achier

Par desous les espaule li a caupé le cief.

Li tiers li escapa qui ens el bos se fiert

Qu'est espès et ramés, c'est dolor et pechiés !

Aiols ne le vaut mie plus cachier,

Ains retorna ariere, si a pris son espiel.

Bien erent li  laron de dras aparellié ;

Mal ait s'onques Aiol en vausist .i. baillier,

Ains jure Dameldé le pere droiturier

Que des dras a laron n'ert ja aparelliés,

Ne d'autres si nes peut par honor gaïngier ;

Tost venroit en tel lieu qu'il seroit enterciés,

Si en poroit bien estre onnis et vergongiés.

Puis se fiert el boscage, dedens l'aire se fiert ;

Dusqu'al chastel de Blois ne s'est mie atargiés.

La nuit si s'est Aiol al vespre herbergiés

Chiés un riche borgois qui ot a non Gautiers,

Qui assés li dona a boire et a mengier,

Del feure et de l'avaine Marchegai son destrier.

Et Aiols li offri .iiii. sous de deniers

Que ses peres li ot al departir cargiés,

Mais li borgois nes vaut prendre ne manier :

Por sainte carité li dona a mengier.

La nuit se jut Aiol dessi a l'esclairier

Que il reprist ses armes et monta el destrier.

Isnelement s'en torne, si a pris le congié.

De Blois s'en est tornés, ne se vaut atargier,

Joste l'aigue de Loire commenche a cevaucier.

Ains le jor ne fina desqu'il vint a Orliens ;

La trova il le roi qui Franche a a baillier;

Si fu molt por ses armes gabés et laidengiés.


par ce grand coup de la puissante épée d'acier ;

ils ne l'eussent attendu pour tout l'or du ciel.

Mais Aiol les poursuit, atteint le plus proche ;   

il lui donne un tel coup de son épée d'acier

qu'il lui tranche la tête au niveau des épaules.

Le troisième lui échappa en se ruant dans les bois

qui sont épais et denses - quelle malchance, quel malheur !

Aiol ne veut le pourchasser plus longtemps,

mais fait demi-tour,  reprend sa lance.

Les brigands portaient de beaux vêtements ;

mais Aiol se fût cru damné en leur en prenant un seul,

et fait plutôt serment à Dieu le justicier

qu'il ne portera jamais des habits de brigand,

ou d'autres personnes, qu'il ne les ait gagnés honorablement.

Il arriverait bientôt quelque part où on le reconnaîtrait,

clamerait son déshonneur et sa honte.

Puis il se fraie un chemin dans les fourrés, dans la forêt ; 

il ne s'arrête plus jusqu'au château de Blois.

Le soir, à l'heure de vêpres, Aiol a logé

chez un riche bourgeois du nom de Gautier,

qui lui a donné abondance de mets et de vin,

comme de foin et d'avoine au destrier Marchegai.

Et Aiol lui offre quatre sous des deniers

que son père lui avait remis à son départ,

mais le bourgeois ne veut pas les accepter ni même y toucher :

ce repas est un acte charitable.

Aiol se repose jusqu'au jour,

reprend ses armes, enfourche son destrier,

prend congé et part rapidement.

Il quitte Blois, ne voulant pas s'attarder,

se met à chevaucher sur les bords de la Loire.

Avant la fin du jour, il était à Orléans ;

il y rencontra le roi qui tient la France ;

à cause de son équipement, il fut moqué et insulté.















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61- «Les habits des brigands», ou «des habits de brigand».






62- «aire» est une plaine. Comme Aiol «se fiert», ce qui implique un effort pour se frayer un chemin, nous proposons «fourrés», sans garantie. Tout aussi satisfaisante serait la traduction : «il se fraie un passage vers la plaine», qui respecterait ainsi le sens du mot «aire».