XLI


Des or s'en va Aiol tout son chemin plenier,

Et trespasse les teres et les desrube fier.

Dusqu'a plain miëdi a le jor chevauchié.

Et trova .iii. laron, que Dex doinst enconbrier,

Qui gardoient les voies, les antive sentiers.

Ne peut nus hom passer, pelerin ne pamier,

Marcheant ne borgois, ne soit a mort jugiés,

Se il a bele feme, honis et vergondés.

"Signor, che dist li maistres, je voi .i. chevalier

Armé et fervesti sor .i. ronchi trotier.

Aine mais n'en vie nul si bien aparellié ;

Cel boin ceval donrai a mon oste Gautier,

Si en mera sa cendre al borc et al marchié."

Et respondi li autres : "Molt par avés dit bien,

Quar .i. l'en promesistes, bien a .i. mois entier.

- Il l'ara, dist li leres, ja trestorné nen iert."

Atant evous Aiol qui les salue bien

De Dex de sainte gloire qui lasus maint el ciel.

"Par mon cief, dist li leres, chou ne vos a mestier ;

Vous ne vostre salu ne pris jou i. denier.

Avoec vos m'en irai en cel grant bos foillié,

Donrai vos tel osfrande dont n'eüssiés mestier ;

Ja quant m'escaperés n'esterés chevaliers."

Il saisi Marchegai par le resne a or mier

Que si le vaut mener el parfont gaut ramier

Por lui tout despollier, onnir et vergongier.

Et quant le vit Aiol, si s'en est corechiés ;

Ne pot a lui joster, trop s'estoit aprociés.

Contreval a la tere laissa caïr l'espiel,

Il trait nue l'espee qui al costé li siet,

Si feri le laron amont par mi le cief,

Dessi en la cervelle l'a fendu et froisié,

Et a estort son cop, si l'a jus trebuchié.

Li doi tornent en fuie, molt se sont esmaié


XLI


Aiol chemine maintenant,

passe les plaines et les ravins sauvages,

chevauche sans arrêt jusqu'à midi. 

Il rencontra trois brigands, que Dieu les châtie,

qui gardaient toutes les routes, tous les anciens sentiers.

Personne ne pouvait passer, ni pénitent ni pèlerin,  

marchand ou bourgeois, sans être mis à mort,

et qu'il y eût une belle femme, elle était violée et déshonorée.

« Seigneurs, dit le chef, je vois un chevalier

armé et cuirassé, au trot sur un roncin.

De mavie, je n'ai vu quelqu'un si bien équipé ;

ce bon cheval, je le donnerai à mon hôte Gautier,

il en apportera les cendres à la ville et au marché. »

Et l'autre répondit : "Vous avez bien raison,

car vous lui en avez fait promesse, il y a bien un mois.

- Il l'aura sans faute, dit le brigand. »

Arrive Aiol, qui les salue poliment

au nom de Dieu de gloire, qui est au Paradis.

« Sur ma tête, dit le brigand, ne vous occupez pas de cela ;

je ne donne pas un denier de vous et de votre salut.

Je vais plutôt aller avec vous dans ce grand bois touffu,

et je vous ferai une offrande dont vous vous passeriez bien ;

et quand vous partirez, vous ne serez plus jamais un chevalier. »

Il saisit Marchegai par le mors d'or fin

dans l'intention de le mener au fond du bois épais

pour le dépouiller, le déshonorer et le couvrir de honte.

Et quand Aiol vit cela, la colère le prit ;

il ne pouvait jouter à la lance, étant trop près ;

il la laissa tomber à terre derrière lui,

tira de son fourreau et mit au clair l'épée,

et frappa le bandit sur la tête, en plein milieu,

lui rompit et fendit toute la cervelle,

arrache l'arme d'une torsion et le fit tomber au sol.

Les deux autres tournent les talons, terrifiés









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60- Il n’est pas certain que cette proposition soit la bonne. Nous avons essayé de différencier la traduction des deux mots, pour lesquels les dictionnaires donnent «pélerin».