23- On a conservé (en l’aggravant sans doute) la double tautologie. Il nous a semblé que l’auteur insistait sur la fraternité qui unit Marchegai à Aiol, qui plus loin dira «que je l’aime ! » Les initiatives que prend le cheval nous feraient dire : le chevalier est un homme de cheval, mais le destrier est un cheval d’homme.





























24- «Servir le roi» : la formule peut surprendre. Le roi de France, en effet, a traité Elie avec la plus grande ingratitude. Après avoir sauvé le royaume, Elie est dépouillé de ses biens et exilé dans les Landes de Bordeaux, lieu désolé, miasmatique et quasi terre étrangère. La fidélité vassalique n’a pourtant pas empêché la haine : « Jamais n’ert nus seus jors que ne t’en hace.» (vers 104), mais elle semble, pour Elie comme pour Aiol, transcender les rancunes. «Dieu premier servi», faussement attribué à Jeanne d’Arc, pourrait ici se transposer en «Le roi, premier servi». Mais ni la chanson de geste, ni le roman courtois n’ignorent la réalité du pouvoir et des ambitions. Cette littérature grouille de traîtres, voire de bandits (chevaliers brigands).


« Or en irés en France, biaus fieus Aiols,

Si porterés mes armes et mes adous,

S’enmenrés Marchegai ensamble o vous.

Quant vos venrés, biaus fiex, a le roi court,

Assés i troverés dus et contours,

Vesques et archevesques et vavasours

Povre serés et nus et besongous,

Et desgarnis de dras et soufraitous

Mais il n’i ara certes plus franc de vous,

Car vos estes li niés l’enperreour :

Je sai bien a fiance, fiex sa serour.

Celés vostre corage tout a estrous,

Tant c’aiés fait bataille et grans estours,

Et guerres afinees voiant aus tous.

Quant li rois le sara si arés prous.

- Si ferai jou, biaus sire, » che dist Aious.


VII


« Biaus fiex, che dist Elie, entendés moi.

Je vos castïerai faire le doi;

Si vos donrai conseil par boine foi

Vos en irés en Franche servir le roi.

Tel dame a en Orliens, s’ele vivoit,

Qui vos feroit aïe se vous veoit

Ele est seur vostre mere, si aroit droit.

Celés vostre çorage tout a estroit

Tant c’aiés fait bataille et grant tornoi,

Et guerres afinees voiant François ;

Vous i arés grant preu, sel set li rois. »


VIII


« Or en irés en France, che dist Elie.

Je vos commanc a Dieu, le fiex Marie,

Qui le ciel et le terre a establie.

Quant vous venrés en France le signorie,

Gardez vos de Makaire, Dieus le maudie !

Le sien acointement ne tenés mie

Car quivers est et fel et plains d’envie :

« Allez donc en France, cher fils Aiol,

vous porterez mes armes et mon équipement,

et vous emmènerez Marchegai avec vous, vous et lui,    

Fils, quand vous serez à la cour du roi,

vous rencontrerez beaucoup de ducs et de comtes,

des évêques et des archevêques, des vavasseurs.

Vous serez pauvre et dans le besoin,

privé de beaux vêtements, démuni,

mais personne ne sera plus noble que vous

car vous êtes le neveu de l’empereur :

je l’affirme hautement car vous êtes le fils de sa sœur.

Dissimulez soigneusement votre valeur

jusqu’à ce que vous ayez bataillé et jouté,

et gagné des combats au vu de tous.

Quand le roi l’apprendra, vous en serez glorifié

- Et je ferai ainsi, seigneur, dit Aiol. »


VII


Beau fils dit Élie, écoutez-moi.

Je vais vous donner leçon, je le dois ;

Voici mon conseil, il est bon :

Vous irez en France servir le roi.

Il y a à Orléans, si elle est encore en vie,

Une dame qui, vous rencontrant, vous apporterait son aide ;

C’est la sœur de votre mère, ce serait son devoir.

Dissimulez soigneusement votre valeur

jusqu’à ce que vous ayez bataillé et jouté,

et gagné des guerres au vu des Français ;

Quand le roi l’apprendra, vous en serez glorifié.


VIII


Vous irez en France, dit Élie :

Je vous recommande à Dieu, le fils de Marie,

qui créa le ciel et la terre.

Quand vous serez en France, puissant pays,

méfiez-vous de Macaire, Dieu le maudisse !

Ne devenez pas de ses familiers

car il est infâme, félon et plein d’envie,



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