Par besoing porc mes armes, si com chi veés,

Je n'ai frabaut ne cofre u les puisse bouter,

Neïs tant d'autre dras u les puise bouter ;

Ne je les voil laisier n'en chastel n'en chité,

Car tost m'aront mestier, tex me peut encontrer.

Li rois de Franche a guerre, ce ai je oi conter :

Le matin m'en irai vers Orliens la chité

Veoir se la pooie saudees conquester.

Anuit mais, s'il vous plaist, vo requir vostre ostel

Por amor Dameldé, se il vos vient a gré ;

Et je sui povres hom grant amoine ferés.

- Sire, che dist Teris, volentiers et de grés.

Mes ostex ne fu onques a franc home veés,

Ausi n'ert il jamais en trestous mes aës."

Aiols est dessendus, cil le fist desarmer,

Et desous une table ses garnimens porter ;

D'une part en la sale son ceval establer,

De fain et de l'avaine a grant plenté doner ;

Puis a fait son afaire et son mangier aster.

Al mengier sont assis sans plus de demorer,

Assës ont venison de car et de seingler.

Quant il orent mangié et beü a plenté,

Teris regarde Aiol, si l'a araisoné :

"Gentiex damoiseus sire, vers moi en entendés :

Aler volés en Franche saudees conquester,

Car li rois a grant guerre, che nous a on conte.

Vous estes povrement garni et apresté,

Que vos armes sont laides, vo cheval descarné.

François sont orgellous et molt démesurés,

Si criem que ne vos voillent laidengier et gaber,

Et vous nel poriés mie sofrir ne endurer ;

Tost vos aroient mort, ochis u afolé.

Se vous voliés, sire, avoec nous demorer,

Par mi ces bos iriemes a nostre volenté,

Si prenderiens des cers, des dains et des senglers,

Et vos aprenderoie richement a berser.

Ma tille vos donroie al gent cors honoré.

je dois donc porter moi-même mes armes, comme vous le voyez,

je n'ai ni malle ni coffre où les ranger,

et pas plus de vêtements à y enfermer ;

je ne veux pas non plus les laisser dans un château ou une ville,

je pourrais sous peu en avoir besoin, dans le cas d'une rencontre hostile.

Le roi de France est en guerre, à ce qu'on m'a raconté :

Au matin, j'irai vers la cité d' Orléans,

voir si j'y peux gagner des récompenses.

Pour cette nuit, s'il vous plaît, je vous demanderais l'hospitalité

pour l'amour de Dieu, si cela vous agrée ;

et comme je suis pauvre, vous ferez une bonne action.

- Seigneur, dit Thierry, volontiers et de grand cœur.

Mon logis n'a jamais été refusé à un homme de valeur,

et ne le sera jamais tant que je vivrai."

Aiol est descendu de cheval, le forestier l'a fait désarmer,

et fit mettre son équipement sur une table ;

son cheval fut installé dans un coin de la grande salle,

et abondamment fourni de foin et d'avoine ;

Thierry a ensuite fait les préparatifs, fait hâter le repas.

Ils se sont mis à table sans plus tarder,

ils eurent en abondance de la venaison, du sanglier.

Quand ils eurent bien mangé et bien bu,

Thierry regarde Aiol et l'interroge :

" Noble jeune homme, seigneur, veuillez m'écouter :

Vous voulez aller en France gagner du bien,

car le roi est en guerre, comme on nous l'a raconté.

Vous êtes pauvrement vêtu et équipé,

et vos armes sont laides, votre cheval décharné.

Les Français sont orgueilleux et très arrogants,

je crains donc qu'ils ne veuillent vous ridiculiser et vous insulter,

ce que vous ne pourriez accepter ni supporter ;

ils auraient tôt fait de vous abattre et de vous mettre à mort.

Si vous vouliez, seigneur, demeurer chez nous,

nous irions dans cette forêt à notre guise,

nous attraperions cerfs, daims et sangliers,

et je vous apprendrais tout du tir à l'arc.

Je vous donnerais ma fille, noble et honorable.


































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58bis- On pourrait songer, mutatis mutandis, au séjour d’Yvain (Le chevalier au lion)  dans la forêt, associé à l’ermite pour survivre du produit de la chasse.