AIOL_1707-1743_files/Capture%20d%E2%80%99e%CC%81cran%202014-11-05%20a%CC%80%2010.04.49.pxm

Quant venoient al terme qu'aloient espouser,

Avoient il tel honte, ce sachiés par verté,

Quidoient tous li puples les deüst esgarder.

Dont estoit fois el siecle, creanche et loiautés,

Mais puis est avarisse et luxure montés,

Mavaistiés et ordure, et faillies bontés ;

L'uns conpere ne vieut a l'autre foi porter

Ne li enfes al pere, tant est li maus montés.

On fait mais .ii. enfans de .xii. ans asanbler :

Prendés garde qués oirs il peuent engenrer !

Por chou est tous li siecles a noiant atomés

Et si amenuisiés com chi oïr porés.

Aiol li fiex Elie fu durement penés

Car il ot toute jor chevauciés et esrés ;

Vit le soir aprochier et le vespre acliner,

Dameldé reclama qu'il li doinst boin ostel.

Il cevaucha avant, n'est mie aseürés ;

Devant lui el boscage a oï gent crier,

Et regarde sor destre, vit .i. balle levé

Et unes hautes portes et .i. parfont fossé.

Uns forestiers i maint qui bien est ostelés,

Il ot a non Tieri, molt fu gentiex et ber ;

II avoit le foriest entor lui a garder.

Aiols vit le maison, molt s'est réconfortes.

Il a tiré son rene, cele part est tornés,

Dessi a le maison ne s'est pas arestés.

Le forestier trova a un fu alumé,

Gentement le salue com ja oïr porés :

« Dameldé vous saut, sire, » che dist Aiols li ber."

Li forestier saut sus quant celui vit armé :

"Sire, cil vos garisse que ramentu avés !

Avés vos de gent garde, que si estes armé ?

Par ces forés antives si faitement alés

Piecha je ne vie home qui si fust acemés.

- Je suis uns chevaliers, plus povre ne verés ;

N'a pas encore .i. mois que je fui adobés,

Si n'ai point d'escuier, che sachiés par verté,

quand arrivait le temps des épousailles,

ils avaient tant de pudeur, croyez-le, c'est vérité,

qu'ils pensaient que tous devaient les surveiller.

C'est qu'il y avait confiance, croyance et loyauté en ce siècle,

mais depuis, l'avarice et la luxure ont cru,

avec le mal et l'obscénité, et le bien s'affaiblit ;

un compère ne fait plus confiance à son ami,

ni l'enfant à son père, tant le mal a grandi.

On marie maintenant des enfants de douze ans :

qu'on y prenne garde : quelle descendance engendreront-ils ?

Pour toutes ces raisons, le monde entier s'en va au néant

et s'est bien amoindri, comme vous allez l'apprendre.

Aiol, le fils d'Elie, fut rudement malmené

car il avait chevauché et voyagé toute la journée ;

il vit venir le soir et vêpres approcher,

et demanda à Dieu de lui offrir un bon logement.

Il continua d'avancer, avec un sentiment d'insécurité ;

dans le bois, droit devant, il entendit qu'on criait,

il regarde sur sa droite, voit un mur d'enceinte,

un haut portail et un profond fossé.

Un forestier y habite, fort bien logé,

nommé Thierry, très vaillant et de grand mérite ;

il est le gardien de toute la forêt alentour.

Aiol voit le logis, cela le réconforte.

Il tire sur les rênes et se dirige de ce côté,

ne s'arrêtant que devant la maison.

Il trouve le forestier devant un feu allumé par lui,

le salue courtoisement, comme vous allez l'entendre :

"Le seigneur Dieu vous garde, seigneur," dit le noble Aiol.

Le forestier bondit sur ses pieds quand il le vit tout en armes :

"Seigneur, vous protège celui qui vous a conduit ici !

Craignez-vous quelqu'un, que vous êtes tout armé ?

Vous allez en tel équipage en ces antiques forêts

qu'il y a bien longtemps que je n'ai vu homme armé de la sorte.

- Je suis un chevalier, vous n'en verrez pas de plus démuni ;

il n'y a pas même un mois que je suis adoubé,

et je n'ai pas d'écuyer, croyez-moi,



























1707

1708

1709

1710

1711

1712

1713

1714

1715

1716

1717

1718

1719

1720

1721

1722

1723

1724

1725

1726

1727

1728

1729

1730

1731

1732

1733

1734

1735

1736

1737

1738

1739

1740

1741

1742

1743

Accueil AIOL          Page de titre         Introduction          Page précédente          Page suivante            Vers Navigateur         Autres textes