AIOL_1670-1706_files/Capture%20d%E2%80%99e%CC%81cran%202014-11-05%20a%CC%80%2010.04.49.pxm

Son escuier apele : "Biaus amis, cha venés,

Aportés cele male et si le desfremés."

Et cil li respondi : "Sire, si com vos commandés."

Le male li corut esraument aporter;

A une clef d'argent le corut desfremer ;

Unes cauches en trait, ja millors ne verrés,

De plus fine escarlate n'orés jamais parler,

Et uns chiers esperons a fin or noëlé.

Li paumiers les avoit aportés d'outre mer ;

Devant le Temple Dome les avait acatés,

Un marc de blanc argent en avoit fait peser

Por l'ainé de ses fiex qu'il voloit adouber.

Or poés dire et croire, moult est li paumier ber :

Quant il les garnimens qu'il avoit acatés

Pour son enfant demaine qu'il les voloit doner,

Quant il voit l'estrainge home, se li a presenté.

Bel et cortoisement le prist a apeler :

"Sire, tenés ches cauches por sainte carité,

Et ces chiers esperons, ja millor ne verés,

Par icele grant foi que je vous doi porter

Hom qui est bien cauchiés n'est mie denués."

Quant l'entendi Aiol, grant joie en a mené :

"Sire, cil le vous mire qui en crois fu penés,

Diex me laist encor rendre gueredon et bontés."

E Dex, si fera il, ja n'en ert trestornés.

Il dessendi sor l'arbre, si s'en est atornés.

E Dex com or li sisent li esperon doré !

Il vint a Marchegai, s'est par l'estrier montés,

En son cemin en entre, sel commanda a Dé.

Baron, a icel tant dont vous m'oés conter,

N'estoient mie gens el siecle tel plenté.

Li castel ne les viles n'erent pas si puplé

Com il sont orendroit, jamais le mesquerés,

Mais les forés antives, li bos grant et ramé

Qui puis sont detrenchié, essillié et gasté.

Nus hom ne prendoit feme, s'avoit .xxx. ans passé

Et la pucele encontre aussi de bel aé ;

Il appelle son écuyer : « Cher ami, venez ici,

apportez ce coffre et ouvrez-le. »

Et l'écuyer répond : « Seigneur, à vos ordres. »

Il court en hâte chercher le coffre ;

avec une clé d'argent il l'ouvre rapidement ;

il en sort une paire de chaussures, vous n'en verrez jamais de plus belles,

vous n'entendrez jamais parler de plus fine étoffe d'écarlate,

ni de tels éperons d'or niellé.

Le pèlerin les avait rapportés d'outre-mer ;

il les avait achetés devant le Temple du Dôme,

pour le poids d'un marc d'argent,

et les destinait à l'aîné de ses fils qu'il voulait adouber.

Et maintenant, croyez et répandez à quel point le pèlerin est noble :

les ornements qu'il avait achetés

pour les offrir à son propre enfant,

quand il rencontre cet étranger, il lui en fait présent.

Doucement et courtoisement il se met à lui dire :

"Seigneur, prenez ces chaussures, au nom de la sainte charité,

et ces coûteux éperons, il n'y en a pas de meilleurs,

par la grande confiance que je dois avoir en vous.

Homme bien chaussé n'est jamais dépourvu."

Quand Aiol l'entendit, il fut en grande joie :

Seigneur, vous le rende celui qui fut suspendu en croix,

Dieu m'accorde de vous récompenser et vous retourner votre générosité."

Oh ! Dieu, il le fera, si rien ne l'en empêche.

Il mit pied à terre sous l'arbre et s'est habillé.

Ah ! mon Dieu, comme les éperons d'or lui vont bien !

Il va à Marchegai, monte à l'étrier,

reprend sa route et recommande le pèlerin à Dieu.

Barons, aux temps dont je vous parle,

il n'y avait pas autant de gens sur terre.

Châteaux et cités n'étaient pas aussi peuplés

qu'ils le sont aujourd'hui, n'en ayez aucun doute,

mais en revanche, des forêts antiques, de hauts arbres touffus,

qui depuis sont coupés, dévastés et détruits.

Nul homme ne prenait femme s'il n'avait passé trente ans,

et la demoiselle choisie était également plus âgée ;



























1670

1671

1672

1673

1674

1675

1676

1677

1678

1679

1680

1681

1682

1683

1684

1685

1686

1687

1688

1689

1690

1691

1692

1693

1694

1695

1696

1697

1698

1699

1700

1701

1702

1703

1704

1705

1706

Accueil AIOL          Page de titre         Introduction          Page précédente          Page suivante            Vers Navigateur         Autres textes