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Li pèlerins l'oi, si a crolé le cief :

Sire, ne sai que dire, se Dieus me puist aidier.

J'ai en Orliens esté .viii. jors trestout entier ;

Illeuc vi ge le roi qui Franche a a baillier

Et eust ensamble lui plus de .M. chevaliers

Qui de vair et de gris sont tout aparellié

Et ont moult boines armes et boin corant destriers.

Dirai vos .i. cose que vous voil acointier :

Il n'a si gentil home dessi a Monpelier,

S'il venoit ore entr'aus en la chité d'Orliens,

Adoubés de ses armes sor. i. corant destrier,

Qu'il ne fust des auquans gabés et laidengiés ;

Je sai que a saudee poroit il faillir bien.

Por vous l'ai dit, biaus sire, si ne vos anoit rien,

Car vos armes sont laides et vo destrier,

Et vo garniment sont poi a proisier,

Et vos cauches sont routes jusques as piés.

J'ai encore un castel que j'ai molt chier,

II a a non Biaufors et en la Marche siet,

Et si ai .iiii. fieus, li doi sont chevalier.

Se je la vos tenoie, par les sains desosiel,

Je vous feroie anqui molt bien aparellier ;

Mais trop en somes lonc, tot che n'a chi mestier.

Dameldé vos porvoie, li glorïeus del ciel,

Li rois des autres rois si ait de vos pitié ;

Onques mais ne vi je si povre chevalier."

Dont sospira Aiols li fiex Elie al viel,

Quant de sa povreté li a oi plaidier.


XL


Aiol li fiex Elie a del ceur souspiré,

Et dist al pelerin : « Je vous commanc a Dé,

Bien m'avés aconté me ruiste poverté

Et jou en ai mon ceur moult forment aïré."

Et dist li paumiers : "Sire, trop vos poës haster,

Je voil a vos parler, un petitet parler."

Le pèlerin entend, baisse la tête :

"Seigneur, Dieu m'assiste, mais que vous dire ?

J'ai séjourné huit jours entiers à Orléans ;

j'y ai vu le roi qui tient la France,

et avec lui plus de mille chevaliers,

vêtus de vair et de petit-gris,

avec quantité de bonnes armes et de bons et rapides destriers.

Je vais vous dire une chose que je veux que vous sachiez :

Il n'existe aucun noble, d'ici à Montpellier,

qui, entrant aujourd'hui dans la ville d'Orléans,

équipé de ses armes, sur un beau coursier,

ne fût raillé et insulté de quelques-uns.

Je sais que le roi pourrait bien manquer de soldats.

Je le dis pour votre bien, cher ami, n'en soyez pas vexé,

c'est que vos armes sont laides, comme votre destrier,

que votre équipement ne vaut rien,

et que vos chausses sont lacérées jusqu'à vos pieds.

J'ai cependant un château auquel je tiens beaucoup,

nommé Beaufort, situé dans la Marche,

et j'ai quatre fils, dont deux sont chevaliers.

Si je vous hébergeai là-bas, par tous les saints du ciel,

je vous ferais dès aujourd'hui très bien équiper ;

mais nous en sommes bien trop loin, cela ne se peut faire.

Que le Seigneur Dieu, gloire céleste, y pourvoie,

et, lui le roi des rois, qu'il vous prenne en pitié ;

car jamais je ne vis chevalier si démuni."

Et Aiol, le fils du vieil Elie, soupira

quand il entendit évoquer ainsi sa pauvreté.


XL


Aiol, le fils d'Elie, soupire profondément,

et dit au pèlerin : "Je vous recommande à Dieu,

vous avez bien décrit ma rude pauvreté,

et j'en ai fortement souffert en mon cœur."

Et le pèlerin dit : "Seigneur, ne vous hâtez pas,

je veux vous parler, juste un petit peu."



























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