Les estriers renoés et mal assis,

Et li ceval fu maigres sor coi il sist.

Sor son bordon s'apoie, si s'en sourist :

"Sire, ne sai que dire, se Dieu m'aït !

Tant vi entor le roi et vair et gris,

Et riches garnimens, cevaus de pris :

Je ne quic que li roi conte entenist."

Quant l'entendi Aiol, s'en est mari,

Mais il fu preus et sages et bien apris ;

Del ceur qu'il ot el ventre fist .i. soupir

Et plora tenrement des iex del vis :

- Sire, » che dist li enfes, mal avés dit.

Ja n'est mie li ceurs nel vair nel gris,

Nes riches garnimens, nes dras de pris,

Mais est el ventre a l'home u Dex l'asist,

Qui bien me peut aidier par son plaisir."

Quant li paumier l'entent, pitié l'en prist,

Por che que belement li respondi

De chou qu'il ot gabé se repenti.


XXXVII


Li paumiers fu frans hon de boine part ;

II regarda Aiol, pitié end a.

Il le vit nu et povre a mavais dras ;

De chou se repenti que gabé l'a,

Pot chou que belement respondu a.

De grant afaitement se porpensa,

De bien et de franchise la se prova :

Mist le main a l'escerpe que il porta,

S'en traist un aumouniere qu'il i bouta

Et prist .i. besant d'or que mis i a.

Venus est a Aiol, se li dona,

Bien et cortoisement l'araisona :

"Gentiex damoiseus sire, entendés cha ;

Por amor de celui qui vous fourma,

DeI grant peril de mer qui m'en geta,

les étriers rafistolés, une mauvaise selle,

et tout maigre le destrier qu'il chevauche.

Il s'appuie sur son bourdon, et il sourit :

"- Seigneur, je ne sais que vous dire, Dieu me pardonne !

Autour du roi, j'ai vu en quantité de la fourrure, du vair, du petit-gris,

des riches ornements, des chevaux de prix :

je ne pense pas que le roi vous engagerait.»

Quand Aiol entend cela, Aiol s'en attriste,

mais c'est un jeune homme noble et sage, bien éduqué ;

du plus profond de sa poitrine il pousse un soupir

et les larmes coulent doucement sur son visage :

- Seigneur, dit le jeune homme, vous avez tort.

Le cœur ne réside pas dans le vair ou le petit-gris,

ni dans les riches ornements, les vêtements coûteux,

mais dans la poitrine, où Dieu le plaça,

qui peut à sa volonté me porter secours."

Quand le pèlerin l'entendit, il fut pris de pitié, 

ce qui lui fit faire une courtoise réponse,

se repentant de l'avoir raillé.


XXXVII


Le pèlerin était bien né, noble ;

il regarda Aiol, le prit en pitié.

Il le vit presque nu, pauvre, en mauvais vêtements,

et il se repentit de s'en être moqué,

tant Aiol avait répondu avec courtoisie.

Il songea à la décision qu’il devait prendre

et  prouva là sa noblesse et sa vertu :

il mit la main à la besace qu'il portait,

en tira une aumonière qu'il y avait rangée

et prit un besant d'or qu'il y avait mis.

Il vint à Aiol et le lui donna

et lui dit poliment et courtoisement :

Seigneur, noble jeune homme, écoutez-moi ;

pour l'amour de celui qui vous créa,

qui me sauva d'un grand péril en mer








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