En l'onbre d'un lorrier grant et foilli,

Sor l'erbe se gisoit uns pelerin

Qui vient de Jhersalem de Dieu servir.

Bordon ot et escarpe, paume et espi,

Et boin mulet anblent a son plaisir,

Et vaillant escuier a li servir.

A loi de gentil home se fu vestis

Et ot blanche le barbe, le poil flori.

Bien sanbloit gentil home, duc u marchi,

Qui chastel u chité ait a tenir.

Contre Aiol se drecha quant il le vit ;

Premerains le salue li pelerins :

"Dameldé vos saut, sire, qui ne menti !

- Et Dieus benië vou, Aiol a dit.

Dont venés ? de quel part, biaus dous amis ? "

- Sire, de Jhersalem, de Dieu servir.

Je fu la al sépulcre u surexi,

Et el mont de Calvaire u mort soufri,

Et au saint flun Jordan, la Dieu merchi !

La me baingai awan tierc jor d'avril,

En l'ort saint Abrahan pris cest espi."

- Par u en repairastes, franc pelerin ?

- Sire, trés par mi Franche tout droit chemin.

- Dites de vos noveles, biaus dous ami,

Avés de nule guere parler oï ?

- Oil, dist li paumiers, se Dieus m'aïut,

En la chité d'Orliens vi Loëy,

L'enpereor de Franche grain et mari :

Beruier l'ont de guerre si entrepris

Qu'il nel laisent des portes d'Orliens issir."

- Retient il saudoiers? qu'avés oï ?

- Oil, dist li paumiers, s'il en venist."

– Sire, che dist Aiol, retenroit mi ? "

Li paumier le regarde enmi le vis ;

Moult le vit nu et povre, descolori,

Si drap sont despané, s'est mal vesti,

Et sa grant lanche torte, ses escu bis,

à l'ombre d'un grand laurier touffu,

sur l'herbe était étendu un pèlerin

qui venait de Jérusalem adorer Dieu.

Il avait un bourdon, une besace, une palme et un épi,

un bon mulet trottant à la demande,

et un écuyer dévoué pour le servir.

Il était vêtu comme un homme de condition

et avait une barbe blanche, couleur de neige.

Il avait tout d'un noble, d'un duc ou d'un marquis,

fait pour gouverner château ou cité.

Il se leva devant Aiol quand il l'aperçut ;

le pèlerin salue le premier :

"Dieu de vérité vous garde, seigneur !

- Et Dieu vous bénisse, a répondu Aiol.

- D'où venez-vous ? De quelle contrée, très cher ami ? "

- Seigneur, de Jérusalem, où j'ai servi Dieu.

Je suis allé au Saint Sépulcre, où il ressuscita,

et au mont du Calvaire où il souffrit sa Passion,

à la rivière sainte du Jourdain, Dieu soit loué !

Là, je me suis baigné, le troisième jour d'avril,

et j'ai cueilli cette palme au jardin d'Abraham."

- Par où êtes-vous revenu, bon pèlerin ?

- Seigneur, directement par le centre de la France.

- Mon cher ami, si vous avez des nouvelles, dites-les moi,

avez-vous entendu parler de quelque guerre ?

- Oui, dit le pèlerin, que Dieu me garde,

j'ai vu Louis, dans la ville d'Orléans,

l'empereur de France, tout triste et désolé :

les Berrichons lui ont si bien déclaré la guerre,

qu'ils ils ne le laissent pas sortir d'Orléans.

- A-t-il des troupes ? Qu'en savez-vous ?

"- Oui, dit le pèlerin, mais il faudrait qu'elles puissent arriver."

- Seigneur, dit Aiol, est-ce qu'il m'engagerait ?"

Le pèlerin le regarde au visage ;

il le voit, presque nu, pauvre, pâle,

mal habillé, ses vêtements lacérés,

une grande lance tordue, un écu sali,




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Santa Marta de Tera

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57- L’épi signale qu’un pélerin revient de Jérusalem.