19- On aurait pu traduire : «Dieu vous en donne l’autorisation», voire le fameux «Dieu le veut» des Croisades.


20- Malicote & Hartman traduisent par «So that the king favors you best of his court», mettant ainsi Aiol en concurrence avec les autres chevaliers. Traduction fort intéressante, puisque Aiol sera d’abord moqué, puis jalousé. Mais le «et» a informé une traduction plus «unificatrice» de la cour de Louis.


21- Curieuse interdiction, les échecs étant «jeu des rois, roi des jeux» selon une formule célèbre. C’est avec un échiquier comme bouclier et le jet des pièces (à l’époque fort lourdes) que Gauvain et son amie (Conte du graal) se défendent d’une attaque de bourgeois et d’artisans, que Chrétien de Troyes décrit comme ridicules. Il est vrai que nous sommes dans une chanson de geste, plus tournée vers les combats que vers le locus amoenus et les jeux, et que le père d’Aiol inculque à son fils une morale exigeante, d’où le jeu et l’adultère sont bannis. Il n’est pas question qu’Aiol soit un jour Lancelot.


22- Ou : «des humbles.»

Molt tost le poroit Dieus amenistrer

Qu’il seroit a la cor des mieus amés.

- Sire, che dist la dame, merchi por Dé

Mes enfes est si jovenes, s’a poi d’aé

Que il ne set encore querre .i. ostel

Ne a un gentil home ne set parler.

François sont orgellous démesuré,

Laidengier le vauront et ranproner:

Je nel poroit soufrir ne endurer ;

Tost respondroit folie, car petit set,

Si l’aroient li Franc tost afolet.

Je remanroie lasse, mon ceur iré,

Jamais n’aroie joie en mon aé ;

Ne li ai que doner qu’il puist porter. »

Quant l’entendi Aiols, s’en rist li ber :

« Taisiés, fist il, ma dame, plus n’en parlés

Mal dehait qui laira, por povreté,

Que jou ne voise en France al roi parler !

Se vos n’avés avoir, Dieus a assés

Qui del sien me donra a grant plenté. »

Quant Elies l’entent, s’en rist li ber :

« Or en irés, biaus fieus, al congiet Dé,

Jhesus vos i laist faire par sa bonté

Dont li rois mieus vous aint et son barné.

As eskiés ne as tables, fieus, ne jués,

Celui tient on a sot qui plus en set,

Car se li uns les aime, l’autre les het,

Lors commenche grant guerre sans nul catel.

N’aiés cure d’autrui feme enamer,

Car chou est un pechiés que Dex moult het,

Et se ele vos aime, laissiele ester.

Si vos gardés molt bien de l’enivrer,

Et sachiés bien qu’ivreche est grant vieutés.

Se vous veés preudome, si le servés,

Se vous seés en bant, si vous levés,

Les grans et les petis tous honorés,

Gardés que nul povre hom ne vos gabés

Ançois i poriës perdre que conquester.

- Ce ferai jou, biaus pere, che dist li ber. »

bien vite Dieu le protègerait

à tel point qu’il serait des plus aimés à la cour.

- Seigneur, dit la dame, Dieu ait pitié,

mon enfant est si jeune, il a si peu d’expérience

qu’il ne sait pas encore se chercher un logis,

ni converser avec un homme de haut rang.

Les Français ont un orgueil démesuré,

ils voudront le calomnier et l’insulteront  :

il ne pourrait le supporter et l’endurer ;

manquant d’expérience, il leur répondrait vite de folles paroles,          

car les Français l’auraient poussé à bout.

J’en resterais abattue, le cœur plein de colère,

je n’aurais plus de joie dans ma vie.

Je ne puis rien lui donner qu’il puisse emporter. »

Quand Aiol l’entendit, il se mit à rire :

« Taisez-vous, dame, n’en parlez plus !

Maudit soit qui me ferait renoncer, sous prétexte de pauvreté,

à aller en France parler au roi !                                                           

Si vous n’avez pas de fortune, Dieu en a suffisamment

et m’en donnera à foison. »

Quand Élie l’entend, le baron s’esclaffe :

« Allez maintenant, beau fils, à la grâce de Dieu,           

que Jésus vous le permette par sa bonté

pour que le roi et son baronage vous aiment plus que tout. 

Fils, ne jouez pas aux échecs ou aux tables de jeu,          

celui qui y est expert est pris pour un sot,

car certains l’aiment mais d’autres le haïssent,

et commence alors une guerre sans quartier.

N’allez pas aimer la femme d’autrui,

car c’est un péché que Dieu déteste,

et si elle vous aime, laissez-la en paix.

Et gardez-vous bien de l’ivrognerie :

sachez bien que l’ivresse est vilenie.

Si vous rencontrez un noble, alors servez-le,

si vous êtes assis sur un banc, levez-vous,

honorez les petits comme les grands,

gardez-vous de vous moquer des pauvres               

vous pourriez y perdre plutôt qu’y gagner.

- Et j’agirai ainsi, mon cher père, dit le baron. »                                   

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Bonneuil-Matours


















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