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Se vous me volés croire, aillor irés,

Al chastel de le Haie droit vos tenés,

Cha devant en Pontieu vos tornerés :

La troverés Rainier et Aimer,

Et Gilemer l'Escot qui molt sont ber,

Le signor de Boorghes o le vis cler

Qui guerroie le roi par grant fierté

Por chou qu'il a lor oncle desireté,

Elie le franc duc qui tant fu ber."

Quant Aiols l'entendi, li bacheler,

Qui bien l'avoit oï et escouté,

Contreval vers le tere est aclinés.

Quant il de ses parens oï conter

II dist entre ses dens, que nus nel set,

Ja n'i querra cousin ne parenté

Dessi c'a Loeys avra parlé.

Che vaura il savoir et demander

Et de sa bouche or la vérité,

Por coi il a son pere desireté.

La nuit i sejorna jusc'al jor cler.

Aiols reprist ses armes, si s'est armés,

Et vint à Marchegai, si est montés.

Il prent congiet a l'oste, s'en est tornés,

En son maistre chemin en est entrés.

Toute jor a Aiol esperoné,

Et garde devant lui en mi .i. pré ;

Desous l'ombre d'un arbre en haut ramé:

Si a vëu .ii. moignes grant deul mener,

Et estoient de dras tout desnué.

Aiols s'i aresta por demander :

"Signor, por amor Dieu, et vous qu'avés ? »

Et cil li respondirent : "Par tant l'orés

Car vés la .iii. larons en mi ces prés

Qui orendroit nous ont tous desreubés ;

Ne froc ne estamine n'i a remés,

Ne peliche ne bote, bien le veés.

Sire, ceste autre voie por Dex tenés,

Si vous voulez me croire, allez ailleurs,

chevauchez droit vers le château de la Haie,

arrivé là, tournez et tout droit vers Pontieu :

là vous trouverez Rainier Aimer,

et Gilemer l'Escot, tous nobles barons,

et le seigneur de Bourges au beau visage

qui combat vigoureusement le roi

parce qu'il a déshérité leur oncle,

le noble duc Elie qui fut si renommé.

Quand Aiol, le jeune homme, l'entend,

après avoir bien écouté, attentivement,

il s'est penché vers le sol.

Quand on parla de ses parents,

il dit entre ses dents, pour ne pas être entendu,

que jamais il ne demandera l'aide d'un cousin ou d’autre parent

avant d'avoir parlé à Louis.

Il demandera avec insistance, il veut savoir

et entendre, de la bouche même du roi,

pourquoi il a déshérité son père.

Il logea la nuit jusqu'à l'aube.

Aiol reprit ses armes, s'arma,

vint à Marchegai et monta en selle.

Il prend congé de l'hôte et s'en va,

rejoignant la grand-route.

Il a chevauché à bride abattue tout le jour

et regarde devant lui, dans une prairie ;

à l'ombre d'un arbre touffu

il a  vu deux moines se lamenter,

tout dépouillés de leurs vêtements.

Aiol s'arrête pour se renseigner :

"Seigneurs, pour l'amour de Dieu, que vous arrive-t-il ? "

Et ils répondent : "Nous allons vous le dire ;

voyez là-bas, dans la prairie, ces trois brigands

qui viennent de nous détrousser ;

ils ne nous ont laissé ni chemise ni froc,

ni pelisse, ni bottes, comme vous le voiyez.

Seigneur pour l'amour de Dieu, changez de route,



























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