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Donc prist Aiol ses armes, si s'est armés,

Et vint a Marchegai, si est montés,

Il prist congiet a l'oste, s'en est tornés

Et li borgois fu sages et apensés :

Sor .i. boin palefroi en est montés,

Son escu et sa lanche li a porté,

Des gas et de la vile l'a fors jeté

.Iii. lieues le convoie tout de son gré.

Dont l'apela li ostes par sa bonté

« Damoiseus de bon aire, vos en irés ;

A Dameldé de gloire soit commandés

Tes cors et ta proeche et ta bontés.

Vos en irés molt seus et esgarés,

Et molt povre de dras et desnués.

Certes j'en ai mon ceur molt adolé :

Tenés chest anel d'or par carité,

Se besoinge vos croist ne povertés

Sel poés metre en gage a vostre ostel.

- Sire, che dist Aiol, bien vous provés,

Quant por vo droit signor si m'onorés.

Beneoït soit l'ame de Dameldé

Qui vous aprist a faire tel largeté.

Or vous plevi ge bien ma loiautë

Que se Jhesu franc home me laist trover

Qui voille mon serviche rechoivre en gré,

Chest honor vos ferai gueredoner. »

Molt douchement le baisse al desevrer ;

A Dieu de sainte gloire l'a commandé.

Donc s'en torna Aiol, l'oste remest

« E Dieus che dist li enfes, par ta bonté,

Al premerain rechet u sui entrés

Com il m'est hui ce jor bien encontrés !

Ahi ! Elies pere, c'or nel savés,

Et Avisse ma mere al gaut ramés…

Je ne fuisse si liés par verités,

Qui tout l'or me donast d'une chité !

En son maistre chemin en est entré ;

Aiol prit ses armes, il s'équipa

et vint à Marchegai, l'enfourcha,

prit congé de l'hôte et partit.

Le bourgeois fut avisé et attentionné :

Il est monté sur un bon palefroi,

a apporté à Aiol son écu et sa lance,

lui faisant vite quitter les railleries de la ville.

Il l'accompagne de grand cœur durant trois lieues.

Puis l'hôte lui dit avec bonté :

« Jeune homme de fière allure, allez maintenant ;

je recommande à Dieu de toute gloire

ton corps, ta vaillance et ta vertu.

Vous irez solitaire et abandonné,

habillé pauvrement, dénué de tout.

J'en ai, je vous assure, le cœur empli de douleur :

prenez cet anneau d'or par amour,

si vous êtes dans le besoin ou la pauvreté

vous pourrez le mettre en gage dans une hôtellerie.

- Seigneur, dit Aiol, vous me prouvez là votre noblesse

en m'honorant ainsi en souvenir de votre seigneur légitime.

Dieu bénisse l'âme

de celui qui vous apprit à faire de telles largesses.

Je vous réponds ici de ma loyauté :

si Jésus me conduit à un seigneur

qui veuille me prendre à son service en ses terres,

je vous ferai récompenser de cet honneur. »

Avant de partir, il l'embrasse tendrement,

le recommande à Dieu de sainte gloire.

Aiol part donc, l'hôte demeure.

« Mon Dieu, dit le jeune homme, grâce à ta bonté,

à la première habitation où je suis entré,

comme on m'a bien traité !

Ah ! mon père Elie, si vous le saviez

et vous Avisse ma mère, au fond de l'épaisse forêt…

En  vérité je ne serais pas plus joyeux

si l'on m'offait tout l'or d'une cité !

Il a repris la grand-route



























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