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« Sire, che dist la dame, laisiés ester.

Diables ! dont vient ore ichés bontés  ?

Se tu as ton avoir grant amassé,

Par ta marcheandise l'as conquesté,

Et jou con sage feme l'ai bien gardé.

Ja est chou .i. ribaus escaitivés

Qui n'ot onques encore en son aé

Qui vausist un mantel de neuf foré.

Je cuic ches garnimens a il enblé

Qu'il a ensanble o lui chi aporté,

Et che maigre.cheval a il trasfé. »

Adonc a li borgois son ceur iré,

Mais ne vaut a sa feme point estriver;

N'ot cure de tenchier ne de coser

De si a l'endemain le laisse ester,

C'Aiols fu revestus et conreés,

Et de ses povres dras ratapinés.

Rout sont et despané, mal atirë.

Li ostes les regarde, s'en ot pité

S'il eüst a se feme consel trové

De neuf ne l'eust vestu et conraeé.

Neporquant ses consaus a trespassé ;

A son escrin en vient por desfremer.

Chemise et braie blance en a geté

D'un cainsil delié et aflouré

Aiol le fil Elie le va doner.

De Dieu de sainte gloire l'a merchié;

Prochainement li ert gueredoné

Con vos porés oir et escouter,

Ançois que la canchon doie finer.

Puis ala au mostier por Dieu orrer,

Car le serviche Dieu n'ot oblié,

Car ses peres li ot bien commandé;

Puis retorna ariere a son ostel,

Et li preudom fu sages et porpensës

Ançois qu'il s'en alast l'a fait disner.

«Seigneur, dit-elle, cela ne se peut.

Par le diable, d'où vous vient maintenant une telle générosité ?

Si tu as amassé de grands biens,

tu le dois à ton commerce,

et moi, en épouse avisée, j'ai bien pris soin de ta fortune.

Et voici que nous arrive un gueux misérable

qui n'a jamais possédé de toute son existence

qui vaille un manteau fourré tout neuf.

Je crois qu'il a volé ces habits

qu'il a apportés sur lui,

et qu'il a dérobé ce cheval tout maigre. »

Alors le bourgeois ressent de la colère,

mais il veut pas se quereller avec sa femme,

il ne souhaite ni dispute ni discussion.

Il n'en parle plus jusqu'au matin,

quand Aiol s'est habillé et apprêté

de ses pauvres vêtements fripés.

Ils sont déchirés, lacérés, en mauvais état.

L'hôte les regarde, et en a pitié ;

s'il avait suivi la décision de sa femme

il ne l'aurait pas vêtu et paré de neuf.

Néanmoins, il n'en a pas tenu compte ;

il va à son coffre et l'ouvre.

Il en a tiré chemise et pantalon blancs

d'un tissu délicat et fleuri,

et va l'offrir à Aioil, le fils d'Elie.

Au nom de Dieu saint et glorieux, Aiol l'a remercié ;

l'hôte en sera bientôt récompensé

comme vous pourrez bientôt l'entendre et l'apprécier,

avant que ma chanson soit terminée.

Puis il se rendit au monastère pour prier Dieu,

car il n'avait pas oublié le service divin,

ce que son père lui avait bien recommandé ;

puis il retourna à son logement,

et l'hôte fut avisé et attentionné :

avant qu'il parte, il le fait dîner.



























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Moings (Saintonge)

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