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A paine i ose hons tout seus aler.

Il en a .c. ochis et afolés.

Le chemin a senestre, frere, tenés,

Et l'autre voie a destre celui lairés ;

Car se il vous encontre n'i garirés,

Ne vous ne vo ceval n'i durerés,

Que ne soiés mengiés et devourés.

- Sire, che dist Aiol, laisiés ester,

Que ja par un lion n'ere encombrés !

Se Dieus garist l'espee que j'ai au lés,

Toute ma droite voie vaurai aller :

Cil cui Dex veut garder bien est gardés.

Volentiers dormiroie s'estoit vos grés. »

Quant li borgois l'entent, si est levés,

Se li fait son lit faire par amistés,

Et Aiols se coucha qui est lassés.

Li borgois lés sa feme va reposser,

En sa cambre perine en est entrés.

Quant il se fu couchiés, si a parlé :

« Douche seur, bele amie, cha entendes

Ai Dieus cis enfes est escaitivés;

Voiés com il est biaus et gens et clers;

Se il fust bien vestus et acesmés,

N'eust plus bel enfant en .x. chités.

Mais or il est si povres et desnués.

En plus de .xiii. lieus li cors li pert

Que il a ausi blanche com flors en pré.

Diemenche arons Pasque, bien le savés,

Que toutes gens soi doivent bel atorner,

Blanches braies vestir et endosser

Se nous poiemes ore por Dieu penser

Que il eust uns dras a son lever,

De cote et de mantel fust afublés,

Che seroit grant aumoines et carités,

Encor nous poroit estre gueredonnë. »

Adonc a la borgoisse son ceur iré,

Se li a respondu par cruauté :

qu'un homme ose à peine y aller.

Il en a mutilé et tué une centaine.

Restez sur le chemin de gauche, frère,

et ne prenez pas celui de droite,

car s'il vous y rencontre, vous êtes perdu,

ni vous ni votre cheval ne résisteront logtemps

avant d'être mangés et dévorés.

- Seigneur, dit Aiol, n'en parlons plus,

jamais un lion ne me fera obstacle !

Si Dieu bénit l'épée que j'ai au côté,

je veux aller tout droit devant moi :

celui que Dieu garde est bien gardé.

Je dormirai volontiers, si cela vous agrée. »

Quand le bourgeois l'entend, il se lève,

lui fait amicalement préparer un lit,

et Aiol, très fatigué, se couche.

Le bourgeois s'en va reposer près de sa femme,

il entre dans la chambre dallée.

Quand il fut couché, il dit ainsi :

« Douce sœur, belle amie, écoutez ;

mon Dieu, cet enfant est bien mal en point.

Voyez comme il est beau, bien né, agréable ;

s'il était bien vêtu, bien paré,

il n'y aurait plus beau jeune homme en dix cités.

Mais il est si pauvre et dénué de tout.

Par plus de treize déchirures du vêtement on voit sa peau,

qu'il a aussi blanche que des fleurs en prairie.

Dimanche, c'est Paâques, vous le savez,

jour où tous sont en habits de fête,

portant des pantalons blancs.

S'il nous venait à l'idée, pour l'amour de Dieu,

de lui offrir un vêtement quand il se lèvera,

de l'habiller d'une tunique et d'un manteau,

ce serait une belle et charitable aumône,

qui pourrait sous peu nous valoir récompense. »

Alors le cœur de la bourgeoise s'emplit de colère,

et elle lui répond avec méchanceté :



























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