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XXX


Quant il orent mengié a grant plenté,

Li ostes le rapele par amisté

« Damoiseus de boin aire, a moi parlés.

Aler devés en Franche, ce me contés,

Al fort roi Loëys por conquester.

Vos armes sont moult laides que vos portés,

Et vos escus est viés et enfumés,

Vos chevaus est maïgres et descarnés.

François sont orgellous desmesurés

Et si sont coustum[i]er de lait parler

Laidengier vos vauront et ranproner.

- Sire, che dist Aiols qui molt fu ber,

A soufrir m'estevra et endurer,

Et toutes les parolles a escouter,

Les boines et les males laisier aler,

Tant com Jhesu plaira de majesté,

Et jou ere d'avoir plus amontés.

- Amis, che dist li ostes, molt bel parlés :

Se vos poës chou faire, vos vainterés.

Les chemins verés gastes et encombres

Il i a des larons a grant plenté ;

Se vo ceval vos tolent, que deverés,

Et trestoutes vos armes que vos portés ?

Jamais en douche Franche ne n'enterés.

- Sire, che dist Aiol, laisiés ester.

Teus les vaura avoir et conquester,

Nes avra mie tot a sa volenté,

Et chier le compera ains le porter !

- Amis, che dist li ostes, or m'entendés.

Il i a un lion d'antiquité,

De la prison le roi est escapés.

Tramis li fu de Rome par chiërté,

Il a mengiet son maistre et devouré.

Or est si en parfont el bos entré


XXX


Quand ils eurent bien mangé,

l'hôte reprend affectueusement la conversation :

« Jeune homme  de bonne lignée, parlons.

Vous m'avez dit que vous deviez aller en France

pour rencontrer le roi Louis et accomplir des exploits.

Les armes que vous portez sont bien laides,

et votre écu est vieux et enfumé,

votre cheval est maigre et décharné.

Les Français ont un orgueil démesuré,

et sont tellement habitués à parler méchamment

qu'il vous insulteront, vous diront des injures.

- Seigneur, dit le très noble Aiol,

il me faudra souffrir cela et l'endurer,

écouter toutes ces paroles,

ne tenir compte ni des bonnes ni des méchantes

aussi longtemps que le voudra Jésus le Majestueux,

et j'en accroîtrai ma fortune.

- Ami, dit l'hôte, c'est fort bien parler :

si vous réussissez cela, vous triompherez.

Vous allez trouver des chemins détruits et malaisés,

avec des quantités de brigands ;

que deviendrez-vous s'ils vous volent votre cheval

et toutes les armes que vous portez ?

Vous n'entrerez jamais en douce France.

- Seigneur dit Aiol, n'en parlons plus.

qui voudra les avoir par conquête,

et les voudra à toute force, n'en aura pas une,

et le paiera cher avant de les porter !

- Ami, dit l'hôte, écoutez-moi.

Il y a un lion des temps anciens

qui s'est échappé de l'enclos royal.

On l'avait fait venir de Rome à grand frais,

il a mangé et dévoré son maître.

Maintenant il est entré dans la forêt, si profond






























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