Vous le resamblés plus que home né;

Por le soie amistés avrés ostel.

Se vos chevaus ne fust si descarnés,

Miex samblast Marchegai que riens soz Dé.

Por l’amor del destrier que j'ai nome,

Avra cis de l'aveine a grant plenté. »

Et Aiols respondi comme senés

« Sire, Diex le vos mire qui nous fist né. »

Li preudom l'enmena a son ostel

Si a la nuit Aiol bien ostelés,

E si fist Marchegai bien establer ;

Trestous les .iiii. piés li fist ferer.

Aiols li fiex Elie fu herbergiés;

L'ostes qui l'herberga ot non Gautiers,

Senescaus fu Elie .v. ans entiers

Et fu de mainte cose bien aaisiés.

Aiol en amena en sen sollier;

Par amor l'a assis lés sa mollier

A une ceminee de marbre chier,

Joste .i. fu de carbon grant et plenier.

Li estes l'en apele par amistië

« Dont estes ? de quel tere, biaus amis chiers ?

- Sire, jou de Gasconge, cil respondié

Mes père fu grans bon, bien le sachiés,

Ja fu riche d'avoir et enforciés

Mais il est par grant guere tous essiliés

Et si est par malage afebloiés.

Jel laisai de l'avoir si entrepiés

Qu'il n'en avoit vaillant .iiii. deniers,

Ne mais que .iiii. sous qu'il m'a cargiés.

Or m'a bailliet ces armes et cesjt] destrier

Si m'envoia en Franche por gaingier,

Al fort roi Loeys pour acointier.

- Amis, Dieus te consaut par sa pitié ;

Ançois avrés grant paine que i vengiés. »

Puis demanderent l'aigue, si vont mangier.

Issi comme en quaresme sont aaisië

Assés orent poison, pain et vin vié.

Vous lui ressemblez comme nul autre,

pour l'amour de lui vous aurez un logement.

Si votre cheval n'était si décharné,

ce serait le portrait sans égal de Marchegai.

Pour l'amour du destrier dont je vous parle,

il aura tout son content d'avoine.»

Et Aiol répondit avec sagesse :

«Seigneur, Dieu qui nous créa vous en récompense.»

L'excellent homme l'emmena chez lui

et le logea à la perfection pour la nuit,

il abrita Marchegai en une bonne écurie,

et le fit ferrer des quatre pieds.

Aiol, le fils d'Elie, fut donc logé,

son hôte s'appelait Gautier,

il avait été cinq ans le sénéchal d'Elie

et offrit tout le nécessaire.

Il conduisit Aiol dans la grande salle,

par privilège d'invité, l'assit près de sa femme

devant une cheminée à manteau de marbre rare,

près d'un grand feu de charbon ardent.

Amicalement, il demanda à son invité :

« D'où venez-vous ? De quel pays, très cher ami ? »

Aiol répondit : « Seigneur, de Gascogne.

Mon père était de grande valeur, sachez-le,

autrefois riche et de belle santé.

Mais après la guerre, il fut exilé

et la maladie l'a affaibli.

Je l'ai quitté si démuni

qu'il n'avait même pas quatre deniers,

hormis quatre sous qu'il m'a confiés.

Il m'a alors donné ces armes et ce cheval,

m'a envoyé en France pour que j'y remporte des victoires

et être des familiers du grand roi Louis.

- Ami, Dieu te prenne en pitié et te conseille.

Tu endureras bien des souffrances avant de venger ta famille. »

Ensuite, ils demandèrent l'eau, et allèrent souper.

C'était temps de carême mais ils furent contentés,

ayant abondance de poisson, de pain et de vieux vin.






































56bis


























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56 bis- Inutile de mettre un partitif. Il s’agit de l’eau pour se laver les mains avant le repas, geste traditionnel et même rituel.