18- «Duc», «baron», «comte», «marquis», «pair» voire «roi» se mêlent allègrement dans les chansons de geste comme dans les romans courtois. («Baron», dans Aiol, pourra même signifier «mari»). Autant ne pas traduire, ou convenir que toutes les traductions sont approximatives, voire que les distinctions de l’époque étaient floues.

Por manoir en ces bos ne serés jamais sages,

Tous i devenrés sos, enfantieus et savages.

Ne voi qui vous aprenge del ceval ne des armes ;

Mais pleüst ore a Dieu, l’esperitable,

Que vos fuissiés en France, a Paris u a Chartres :

S’eussiés mon ceval et trestoutes mes armes,

Encore vos aidroit Dieus li esperitable !

- Sire, che dist Aious, ne sai que fache,

Car si vos voi destroit, angoisous et malades

Sel vos oisaise quere volentiers i alaise.

Esgardés de ma dame con ele pleure a larmes ;

Car li proiés, biaus sire, que si grant deul ne face.

Por amor Dieu le pere esperitable,

Se m’en donés congiet prendrai vos armes ;

Si m’en irai en France querre vos marces.

  1. -Biaus fieus, ce dist Elies, Dieus bien te face,

Encore me puissés rendre mon iretage. »


IV


« Bele seur, douce amie, ce dist Elies,

Nous somes nut et povre, n’avons dont vivre ;

Nous fussiens piecha mort ne fust l’ermites.

Voist Aiols a Orliens, la cit garnie,

Al fort roi Loëys qui est nos sires

S’avenoit que bataille eüst furnie,

Et Dieus li donoit faire cevalerie,

Se l’ameroit li rois et la roine.

- Sire, che dist la dame,  chou por coi dites ?

Mes enfes est si jovenes, n’a point de vides,

Molt tost le torneront Franc a folie;

Si je perc mon enfant iere caitive :

C’est tous mes recovriers, ma joie fine. »


V


« Bele seur, douce amie, ce dist li ber,

Ne deshaitiés l’enfant ne ne cosés,

Mais nous li prions ore par sa bonté

Qu’il alt en douche France al roi parler.

S’il venoit en bataille ne al jouster,

À vivre dans ces bois, vous n’acquerrez aucun savoir,

vous deviendrez sot, infantile et sauvage.

Qui vous apprendra l’équitation, le maniement des armes ?

mais plût maintenant à Dieu, notre père spirituel,                               

que vous fussiez en France, à Paris ou à Chartres :

eussiez-vous mon cheval et toutes mes armes,

Notre Père vous accorderait alors son aide.

- Seigneur, dit Aiol, je ne sais que faire

quand je vous vois tellement détruit, malade et plein d’angoisse.

Si j’osais demander votre accord, j’irais volontiers là-bas.

Regardez comme ma Dame pleure à chaudes larmes ;

suppliez-la donc, Seigneur, de ne plus mener si grand deuil.

Pour l’amour de Dieu, notre Père spirituel,

si vous me le permettez, je prendrai vos armes

et je m’en irai en France reconquérir vos marches.

- Cher fils, dit Elie, Dieu te comble de biens,

et que tu puisses me rendre mon héritage. »                                          


IV


« Belle sœur, douce amie, dit Élie,

nous sommes dénués de tout et pauvres, nous n’avons de quoi vivre ;

nous serions morts depuis longtemps, n’était l’ermite.

Qu’Aiol aille à Orléans, la cité fortifiée

du puissant roi Louis qui est notre seigneur :

s’il advenait une bataille rangée

et que Dieu lui permît de hauts faits d’armes,

alors il serait aimé du roi et de la reine.

- Seigneur, dit la dame, pourquoi dire ceci ?

Mon enfant est si jeune, sans expérience :

les Français auront tôt fait de le tourner en ridicule.

Si je perds mon enfant je serai désespérée :

il est ma raison de vivre, toute ma joie. »


V


« Belle sœur, douce amie, dit le baron,                                                  

ne tourmentez ni ne querellez l’enfant,

mais prions maintenant ce bon fils                                                       

d’aller parler au roi en douce France.

Qu’il guerroie ou qu’il joute,





































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