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Après le glouton va tous abrivés,

II cluinge de l'orelge, si l'a hapé,

A mont el ateriel si l'a combré

Que .iiii. piés de tere l'a souslevé,

Se escouse la teste, sel laist aller :

Li glous chei a tere, si est pasmés

Que par mi les narines saut li sans cler.

Aiols le retorna tout de son gré,

As piés de son ceval l'a défoulé

Que .iii. costes li a el cors froé.

De son ceval s'abaise li baceler[s],

Se li ot tout del puin le frain osté,

Et chief de son ceval l'a refremë

«Vasal, che dist Aiols, car vos levés !

Se vous volés del mien, si en arés.

Certes je ne vieng pas par marier."

Adonc s'en gabent tout par la chité,

Borgois et damoisel et bacheler.

Et dist li uns a l'autre « Por Dieu veés

Onques si fait chevaus ne fu trovés.

Che peut bien estre voir qu'il est faés.»


XXVII


Des or chevauce Aiols grains et plain d'ire,

Car tout le vont gabant aval la vile,

Borgois et damoiseles et les mescines

"Vasal, parlés a nous, chevalier sire,

Furent ces armes faites a vostre guise ?

Ains mais en nos aés teus ne veïsmes."

Aiols lor repondi grant cortoisie :

"Signor, laisieme ester, Dex le vos mire !

Franc hom qui ranprone autre par estouchie

Il doit sa tere perdre et sa franchise ;

Laron doivent gaber gent s'il le triche,

Cil qui sont engenré par iresie."

Li auquant s'en tornerent, si s'umelient,

Et vienent au glouton, se li escrient

Qu'il s'en fache porter a ses mescines.

il se rua sur le glouton,

oreilles rabattues, et il le happe,

il le saisit au sommet de la nuque

le soulève de terre de quatre pieds,

secoue la tête et le lâche :

le glouton tombe au sol, évanoui,

et le sang vermeil lui jaillit des narines.

Aiol le retourne sans mal

et le foule aux pieds de son cheval,

tant et si bien qu'il lui fracasse trois côtes.

Le jeune homme descend de cheval,

retire du poing de l'ivrogne le mors dérobé,

le rajuste à la tête de son cheval.

«Vassal, dit Aiol, allez, debout !

si vous en voulez d'autre, vous en aurez.

Je ne suis pas venu ici pour un mariage.»

Alors tous dans la cité en plaisantent,

les bourgeois, les jeunes gens et jeunes filles.

Et l'un dit à un autre : «Par Dieu, voyez donc

on n'a jamais rencontré un cheval de cette sorte.

C'est peut-être vrai qu'il est envoûté.»


XXVII


Maintenant Aiol chevauche, triste et irrité,

parce que tous le raillent dans la ville entière,

les bourgeois, les demoiselles, les filles de joie.

«Vassal, répondez-nous, seigneur chevalier,

ces armes ont-elles été forgées sur vos indications ?

jamais de notre vie nous n'en avons vu de semblables.»

Aiol leur répondit avec grande politesse :

«Seigneurs, laissez-moi tranquille, et Dieu vous bénisse !

Un  homme de valeur qui en ridiculise insolemment un autre

devrait perdre ses biens et sa liberté ;

on doit se moquer des tricheurs,

de ceux qui ont des pratiques sexuelles interdites.»

Certains regrettent leur conduite et font demi-tour,

ils vont à l'ivrogne et lui crient

de se faire transporter chez ses filles de joie.



























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Saint-Nectaire

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