1    - La traduction «amour» a tenté de conserver l’original «ami», mais le sens de ce dernier mot est comme flottant. Il peut signifier l’amitié, l’amour («douce amie» dit Elie à sa femme) , ici la protection divine. «Dieu vous protège» ou «vous sauve» serait peut-être tout aussi acceptable.  Ou peut-être : aimez Dieu.


2     - «fier» marque l’excellence, la beauté de l’histoire, mais, dans le contexte de la chanson de geste, garde sans doute le sens de récit guerrier violent, voire sanglant, et de bravoure.

    «Histoire» : l’auteur oppose nettement l’histoire véridique («la veraie histoire»), les faits avérés, aux fictions des auteurs de «fables» inventées et indignes de confiance. Se démarquer des concurrents, des jongleurs qui déforment le texte, est un lieu commun des Prologues.


3    - Ou «ce que je sais depuis longtemps»


4- La formule semble courante (elle est dans Elye de Saint Gille), mais traduite littéralement nous paraîtrait étrange. Comment soupçonner Dieu de la possibilité de mentir ? "Vérité" renverrait peut-être à Jean 14: 6 "Je suis le chemin, la vérité, et la vie."


« Les chansons de geste sont marquées par un langage spécifique et, parmi tout un « faisceau d’expressions formulaires » (selon la formule de M. Rossi (Boutet, 1993, 93)), on trouve, occupant toujours le deuxième hémistiche (généralement les six dernières syllabes au complet, qu’il s’agisse du décasyllabe ou de l’alexandrin), des relatives caractérisant Dieu (à la fois le père et le fils, loin de toute hérésie) ; ces formules, par Dieu qui x, se n’en pense Celui qui x, sont destinées à souligner la force d’une assertion ou à permettre d’annoncer que le héros ne pourra échapper, sans l’intervention divine, aux dangers qui l’accablent. Ces relatives sont toutes des quasi citations des textes bibliques et traitent du domaine de la création (qui fist ciel et rousee ; qui le/me/nous/ fist a s’image (avec le déterminant « sa » élidé), qui le monde forma), expriment la puissance divine (qui est sire de nous, qui tout a a sauver), extraient un caractère divin (qui est et tos tens fu, qui onques ne menti (par référence à la phrase de Jésus, « en vérité, je vous le dis »), qui haut siet et loin voit) ou font allusion à la vie du Christ (qui de l’eve fist vin, qui en la crois fu mis).»

Isabelle Weill, « Dieu qui fit parler l’image » Un problème d’emploi de l’article dans une formule épique médiévale, LINX 2002, n° 47, p.169


5- La répétition de "garir" à la rime peu sembler littérale et fautive. Le même mot a pourtant deux sens voisins, mais différents.


6- "Vos poés oir" : assure l'assonance, mais a également une fonction phatique, primordiale pour une littérature orale, chantée ou/et déclamée.



Transcription du manuscrit




I


Signor or escoutés que dieus vos soit amis  

li rois de sainte gloire qui en la crois fu mis

qui le ciel et le tere et le mont establi

et adan et evain forma et benei

canchon de fiere estoire plairoit vos a oïr    

laissiés le noise ester si vos traiés vers mi

cil novel jougleor en sont mal escarni

or les fables qu’il dient ont tout mis en obli

la plus veraie estoire ont laisiet et guerpi

je vos en dirai une qui bien fait a cesti

a tesmoig en trairoie maint franc home gentil

et maint duc et maint conte et maint riche marchis

n’est pas a droit joglere qui ne set ices dis

ne doit devant haut home ne aler ne venir

teus en quide savoir qui en set molt petit

mais je vos en dirai qui de lonc l’ai apris


II


Il ot en douce France un boin roi Loëys,

Si fu fieus Karlemaigne qui tant resne conquist,

Qui de tant riche roi la corone abati.

II ot une seror, ainc tant bele ne vi,

S’avoit a non Avisse al gent cors signori,

Il n’ot tant bele dame en .Lx. pais,

Il plot a Dameldieu qui onques ne menti,

Que mors fut Karlemaignes, et a Ais enfouïs,

A Loëys remest li tere et li païs.

Li traïtor de France l’ont de guere entrepris,

Loeys ne set mie u se puisse garir,

N’en quel de ses chastieus il se puisse garir

Enfressi que al jor que vos poés oir



Traduction




I


Maintenant, seigneurs,  écoutez, pour l’amour de Dieu                

le roi glorieux et saint, qui fut mis sur la croix,

qui créa le ciel, la terre et les montagnes,

qui fit Adam et Eve et les bénit.

Aimeriez-vous entendre une chanson de hauts faits historiques ?       

cessez le tapage, et rejoignez-moi.

Les jongleurs aujourd’hui sont sans vergogne :

à cause de leurs fables, toute vérité est oubliée ;

l’histoire, la vraie, ils l’ont abandonnée, ils la fuient ;

je vous ferai un conte qui la respectera,

j’en appellerai au témoignage de bien des hommes nobles et dignes,

de maint duc et maint comte et maint riche marquis.

Qui ne connaît ce récit n’a pas droit au titre de jongleur,

ne doit pas se pavaner devant les seigneurs.

Tel qui croit tout en savoir ne sait pas grand-chose,

mais moi je vais conter ce que j’appris autrefois.                                   


                                                   II                                                      


Il y eut en douce France un bon roi Louis.

C’était le fils de Charlemagne, qui conquit tant de royaumes,

jeta bas la couronne de tant de rois.

Il avait une sœur, on ne vit jamais  plus belle dame :

elle s’appelait Avisse, d’allure noble et princière,

Il n’y en avait pas de plus belle en soixante pays.

Il plut à Dieu, qui est toute vérité,                                                          

de faire mourir Charlemagne, qu’on enterra à Aix-la-Chapelle,

et de remettre toutes ses possessions à Louis.

Les félons de France sont entrés en guerre contre lui,

Louis ne savait qui lui porterait secours,                                            

ni quel château lui offrirait un abri sûr                                   

jusqu’au jour, comme vous allez l’entendre ,                                        









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